Strasbourg a beau être la
capitale française du vélo, elle n’en reste pas moins une ville où le vélo doit
toujours être défendu pour faire valoir ses droits et ne pas servir de variable
d’ajustement. Il y a parfois des choses qui passent pratiquement inaperçue
comme la suppression des bandes cyclables de la rue Sengenwald au profit d’un
couloir bus ou la disparition totale du marquage de la bande cyclable du quai
Sturm entre la place de la République et la rue du Général Frère et d’autres
qui, même si elles sont préparées dans le plus grand secret, éclatent soudainement
au grand jour et provoquent la colère et l’incompréhension des cyclistes locaux.
C’est le cas du projet de
fermeture à la circulation des piétons et des cyclistes des berges de l’Ill à
proximité des institutions européennes. Piloté par ses dernières et autorisé
par l’Etat sans consultation de la ville de Strasbourg, ces
travaux ont pour objectif de sécuriser le Conseil de l’Europe et le Parlement européen de
potentielles attaques terroristes. C’est l’ADIR (association de défense des intérêts
de la Robertsau) qui a découvert l’annonce des travaux début octobre 2017.
Le collectif s’est empressé de
déposer un recours gracieux (demande de réexamen du dossier
par le porteur de projet), contre la fermeture des berges. En complément, il a
également organisé, avec l’appui d’associations cyclistes, piétonnes et de
citoyens, une première manifestation le 12 octobre pour défendre l’accès pérenne des cyclistes et des piétons à cet itinéraire. Ceci d’autant plus, que l’alternative par l’avenue
de l’Europe et le boulevard Paul Déroulède, n’est pas bien aménagée et sécurisée.
Rapidement après cette
première manifestation, la ville de Strasbourg a publié un communiqué expliquant qu’elle
était « sensibilisée au projet de
fermeture aux cyclistes et aux piétons des berges de l’Ill au niveau des
institutions européennes » que « L’Etat, le Parlement et la
collectivité doivent très rapidement rediscuter des modalités de cette
fermeture » et qu’elle « souhaitait que ces berges demeurent naturellement ouvertes et
accessibles, et que d'éventuelles fermetures pour raisons de sécurité soient
parfaitement exceptionnelles et motivées ». Une
seconde manifestation a eu lieu le 26 février 2018. Pour faire pression sur les
autorités qui restent sourdes aux demandes des associations, une troisième
manifestation sur l’itinéraire a été organisée lundi dernier.
Elle a rassemblé près de 300 participants
dont quelques élus strasbourgeois engagés pour le vélo et la députée
européenne Karima Delli (EELV), présidente de la commission des transports et
du tourisme du Parlement européen.
En parallèle une pétition en ligne a également été lancée.
Elle a encore besoin de signatures afin de pouvoir être présentée directement
au Conseil Municipal selon le nouveau pacte de démocratie lancé l’année
dernière par la Ville. L’ADIR insiste également sur le fait que selon
elle, ce projet ne respecte pas l’article L 2131-2 du Code général de la propriété des personnes publiques. Celui-ci stipule notamment que les
propriétaires d’un cours d’eau domanial, c’est-à-dire qui navigable et qui appartient
à l’Etat, comme c’est le cas de l’Ill à Strasbourg, ne peuvent clore les berges qu'à une distance de 3,25m des
rives, dite servitude de marchepied. Cette dernière étant à l'usage du
gestionnaire de ce cours d'eau des pêcheurs ou des piétons.
Les contraintes de sécurisation
des sites sensibles sont compréhensibles dans le contexte de menaces
terroristes actuel, mais elles ne doivent pas se faire au détriment des
citoyens et respecter les principes de perméabilité et de proximité des institutions
européennes et le site où elles ont été bâties… Il y a quelques années, les cyclistes amstellodamois se sont battus pour conserver le droit de circuler sur une piste cyclable qui passait dans le Rijksmuseum (sans doute l’une des plus belle piste
cyclable au monde…). Après la ZAD du Moulin à Kolbsheim contre le projet d’autoroute
de contournement de l’agglomération strasbourgeoise, une nouvelle ZAD contre le
projet de fermeture à la circulation des piétons et des cyclistes des berges de
l’Ill dans le secteur des institutions européennes est-il en train de naître
dans la capitale du vélo et de l’Europe ?


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