Lancée
il y a un peu plus d'un an, la marque « Les filles à vélo »
s'est fait rapidement connaître grâce à la jart'elle. Cette petite
bande de tissu élastique qui se fixe sur la cuisse,
astucieusement équipée d'une pince, a pour objectif de permettre aux
femmes de pédaler en jupe sans que celle ci ne dévoile leurs
dessous. Depuis peu, Véronique Bertrand, créatrice de la jart'elle,
propose un nouvel accessoire, le pantastic qui s’intéresse cette
fois également aux hommes. Pour l'occasion, elle a lancé la marque « Les
gars à vélo ». Cette double actualité représentait une
bonne opportunité pour rencontrer Véronique et en savoir un peu
plus sur ses créations qui permettent aux cyclistes de pédaler sans
problèmes avec élégance dans leurs habits de tous les jours....
I
Bike Strasbourg : Bonjour Véronique, qui es-tu et que fais-tu
dans la vie?
Véronique
Bertrand : Ce que je fais dans la vie, c’est essayer de lui
donner du sens et d’être en paix avec moi-même. Le reste importe
finalement peu.
IBS :
Pourquoi as-tu choisi le vélo pour te déplacer? As-tu des affinités
particulières avec ce mode de transport ?
VB :
Le vélo permet de concilier une activité physique régulière avec
les trajets de la vie. Quand on a un travail statique et un emploi du
temps chargé, c’est idéal. Se déplacer à vélo présente de
nombreux autres avantages: rapidité des déplacements, respect de
l’environnement, accès optimal à n’importe quel point en centre-ville, économies, maintien en bonne santé. Aucun autre mode de
transport ne peut rivaliser avec le vélo sur les trajets en ville.
IBS :
Comment t’es venue l'idée de créer des accessoires pour les
cyclistes?
VB :
L’idée initiale a germé parce que je ne trouvais pas
d’accessoires sur le marché pour empêcher ma jupe de s’envoler.
Petit à petit, j’ai commencé à travailler concrètement à une
solution lorsque j’avais un peu de temps. C’était en 2014 et
2015. A cette époque, j’ai constaté l’absence à peu près
totale d’accessoires à la fois pratiques et jolis sur le marché
et cela a impulsé de nouvelles idées.
IBS :
Pourquoi avoir lancé la marque "Les filles à vélo"?
VB :
Pendant les années où je travaillais à ce qui est devenu la
jart’elle, j’ai beaucoup observé le milieu du vélo et j’ai
constaté qu’il était majoritairement masculin et très axé sur
la technique et la performance. Je n’ai pas d’affinités avec ce
monde de geeks. Je ne suis pas non plus une fashion victime, mais je
me promène plus volontiers dans une jolie robe que dans un sac à
patates. Ces deux faits établis, je me suis dit que de créer un trait
d’union, une interface entre les deux mondes pouvait être
intéressant. Forte d’une formation, un peu ancienne mais pas tout
à fait oubliée, en gestion d’entreprise, j’ai décidé de créer
"Les filles à vélo".
IBS :
Peux-tu nous raconter l’histoire de la jart'elle?
VB : L’idée
initiale est née il y a plus de 15 ans d’un besoin personnel.
Comme je me déplaçais beaucoup à vélo et souvent en robe ou en
jupe, j’étais réellement embêtée par le fait que parfois elle
s'envolait. Deux de mes jupes se sont prises entre la jante et le
frein de ma roue arrière. Il a suffi d’un coup de frein pour
qu’elles soient bonnes pour la poubelle. La seconde fois a
été décisive. C’était en 2014 et il n’y avait aucune solution
satisfaisante sur le marché. Je me suis donc attelée à la tâche,
avec d’emblée l’idée d’une bande de tissu qu’on attacherait
à la cuisse. Il a fallu quand même plus d’un an pour que je
finisse par mettre au point la jart’elle.
IBS :
La jart’elle a fait l’objet de nombreux articles de presse locaux
ou nationaux. Tu as même intégré le top 20 des personnalités
alsacienne de 2016. T’attendais-tu à un tel engouement?
VB : Non,
pas du tout. Bien que professionnelle de la communication, je n’avais
pas préparé de campagne de communication pour le lancement. Je
pensais faire simplement une petite expérimentation à Strasbourg,
dans les deux boutiques qui m’ont accueillie : CityZenBike et
Rustine & Burette. Mais il y a eu un tweet sur Europtimist.eu le
jour du lancement des Filles à vélo en février 2016, suite à une
rencontre fortuite avec une personne fort sympathique quelques jours
avant. J’ai immédiatement été contactée par les médias locaux.
J’étais un peu affolée et en même temps très fière. Et l’année
s’est terminée par cet article incroyable de 20 Minutes où je
figure auprès du Prix Nobel de chimie ! Ce qui est rigolo,
c’est que nous avons un vrai point commun : la couture. Lui
coud des molécules et moi des jart’elles !
IBS :
Penses-tu que les femmes soient plus réticentes à se déplacer à
vélo? Si oui pourquoi?
VB : Oui,
je sais qu’il y a plus de réticence de la part des femmes et ça
ne tient pas seulement au manque d’accessoires girly sur le
marché ! De nombreuses études en identifient les causes (rôle
dans la cellule familiale, tenue vestimentaire, sensibilité aux
questions de sécurité…) et je ne crois pas être la mieux placée
pour en parler, ne voyant moi-même que des points positifs au vélo.
 |
| Véronique et sa jart'elle en action... |
IBS :
Tu viens de sortir un nouvel accessoire le pantastic,
qu’est-ce ? Et pourquoi s'intéresser aux hommes maintenant ?
VB :
« Pantastic » est la contraction de « pantalon »
et « élastique ». C’est une sorte de pince à vélo
élastique qui se revendique plus comme un bijou que comme un
accessoire utilitaire. Le pantastic se décline pour le moment en une
cinquantaine de modèles destinés aux filles. Je prévois également
des modèles masculins, ce qui entraîne la création d’une
nouvelle marque « Les gars à vélo », que je viens de
déposer à l’INPI (Institut National de la Propriété
Industrielle), début Mars.
Dans
les faits, cela fait très longtemps que je m’intéresse aux hommes
(depuis l’âge de 15 ans à peu près…), mais l’idée de leur
proposer des accessoires vélo est toute récente. Elle est née de
réflexions de mon entourage masculin et du constat que, pour eux
également, l’offre d’accessoires esthétiques est relativement
réduite. Cela dit, je me sens moins inspirée par les accessoires
pour hommes et je vais mettre mes amis à contribution pour m’aider
car le pantastic nécessite encore quelques adaptions pour être
parfaitement masculinisé et fantastique !
IBS :
Aujourd’hui dans combien de magasins peut-on trouver des Jart'elles
?
VB : La
jart’elle est distribuée dans 10 boutiques dans le Grand Est, en
Rhône-Alpes et à Tours. J’espère trouver un point de vente à
Paris lors d’une tout prochain voyage, ainsi qu’à Toulouse où
je prévois de rendre visite à des amis. On trouve aussi des
jart’elles sur deux boutiques en ligne : Elles font du vélo
(qui propose également des pantastics) et La trotteuse.
IBS :Comment
sélectionnes-tu les produits que tu utilises pour tes accessoires?
VB : Je
cherche dans les boutiques de loisirs créatifs en ligne et je
fréquente les puces des couturières, les salons du tissu, les
merceries, les vides-greniers… J’y achète des bidules et des
machins, des breloques, des attaches, des boucles…avec lesquels je
fais des essais. Les premiers sont en général très peu concluants
en soi, mais ils m’aident à mûrir ma réflexion. En éliminant
certaines options, en affinant telle ou telle piste, l’idée se
concrétise petit à petit. Lorsque je suis satisfaite du résultat,
je cherche des grossistes pour acheter les pièces en grandes
quantités. Je privilégie les fournisseurs français, mais j’ai
également un fournisseur belge. Ensuite, je fabrique les stocks dans
mon petit atelier. Tous mes modèles sont déposés avant d’être
mis en vente.
IBS :
As-tu d’autres projets d’accessoires?
VB :
Je ne fonctionne pas vraiment comme ça. Mon cerveau n’est pas un
service de "Recherche et Développement" organisé. Il brasse en
permanence un tas d’idées que je laisse vivre ou mourir
sans m’y accrocher. A un certain moment, certaines d’entre elles
deviennent plus prégnantes et plus concrètes. Alors je les observe
virtuellement sous toutes leurs coutures et, si elles me plaisent
vraiment, j’essaye de les réaliser.
L’idée du pantastic, par
exemple, a nagé doucement dans les limbes pendant pas mal de temps
avant que je l’imagine tel qu’il est, environ 3 semaines avant le
premier anniversaire des "Filles à vélo". J’ai alors décidé de le
mettre au point très vite pour l’annoncer ce jour là. C’était
un peu compliqué mais j’y suis arrivée. Actuellement,
j’ai un autre accessoire qui est presque au point mais que je ne
peux pas fabriquer moi-même, et quelques idées un peu vague. Comme
je suis pour le moment seule à la fabrication (tout en travaillant à
temps partiel), je dois freiner mes enthousiasmes.
IBS :
Tu as participé à plusieurs salons et expositions, comment le public réagit à tes
produits?
VB :
Le contact direct est intéressant car il permet justement de
recueillir les premières impressions. La plus fréquente à propos
de la jart’elle est « Qu’est-ce que c’est ? ». Un
certain nombre de visiteurs passent sans s’arrêter et sans avoir
compris. D’autres s’arrêtent pour demander ou lire le roll-up
que j’installe sur le stand et qui explique, photos à l’appui,
que « avec la jart’elle, les jupes ne s’envolent plus».
La réaction est alors majoritairement positive de la part des
femmes : « Quelle bonne idée », « C’est
génial ! ». Une proportion non négligeable d’hommes se
déclare contre la jart’elle, parce que « c’est très bien
les jupes qui s’envolent ». Un autre intérêt de la
rencontre directe est que je peux expliquer, montrer, répondre aux
questions en toute connaissance de cause, ce que les revendeurs,
presque tous des hommes, ne peuvent guère faire par manque
d’expérience pratique.
IBS :
As-tu comme objectif de pouvoir travailler à plein temps pour
concevoir des accessoires pour cyclistes?
VB : D’un
côté, ça me plairait de disposer de plus de temps et d’arrêter
de jongler entre deux métiers, deux milieux, car c’est
fatigant. D’un autre côté, cette première année d’expérience
m’a permis de mieux discerner ce qui me plaît vraiment dans le
projet : c’est la partie créative (le fait d’inventer des
accessoires, de les mettre au point, puis de concevoir les modèles).
C’est d’ailleurs pour cela que je ne fabrique que de très
petites séries, voire des pièces uniques. Dépendre entièrement
des filles ou des gars à vélo engendrerait des impératifs de
rentabilité dont je suis très loin actuellement. Cela changerait
significativement la manière dont j’aborde cette activité et je
ne suis pas sûre de le vouloir. Alors cette idée là aussi, je la
laisse suivre son bonhomme de chemin.
IBS :Tu
reverses une partie de tes bénéfices à l'association « Cycles & solidarité ». Peux-tu nous présenter les objectifs de
cette association et les raisons qui te poussent à l’aider?
VB : Lorsque
je réfléchissais à ce que devait être "Les filles à vélo", je
voyais ça comme un projet éthique et loin de la recherche du profit
à tout prix. Même si j’espérais en tirer des revenus, ça ne
devait pas être au détriment de mes valeurs ; donc, pour
caricaturer, pas de sous-traitance en Chine. Je choisis mes
fournisseurs en France, au plus près de moi pour minimiser les
transports et éviter des systèmes qui exploitent les gens. Mais
cela ne me paraissait pas suffisant. Comme dans ma vie privée, je
crois au partage des richesses et je souhaitais que les recettes des
Filles à vélo puissent bénéficier en partie à une association
humanitaire. Cycles & Solidarité réunit la thématique du vélo
et l’engagement humanitaire, et elle est installée à Strasbourg.
C’était une évidence ! Je suis donc à la fois adhérente,
et participe à ce titre aux actions en tant que bénévole, et
donatrice.
Cycles
& Solidarité collecte des vélos, les répare et les achemine en
Asie du Sud-Est pour les distribuer à des enfants qui pourront grâce
à eux se rendre à l’école, souvent située loin de leur maison
ou à des familles qui peuvent ainsi développer une activité
commerciale pour vivre. En échange de chaque vélo, un arbre doit
être planté par le bénéficiaire, ce qui participe à la lutte
contre la déforestation. Le prochain container acheminera une
centaine de vélos aux Philippines. Ils sont destinés à des
étudiants de 16 à 18 ans de l’Ecole d’Entrepreneuriat Social et
à la cinquantaine de familles de la communauté villageoise qui
habite dans la « Ferme Enchantée » à Bulacan, située à
environ 40 km au Nord de Manille.
IBS :
Au delà du vélo, tu sembles particulièrement engagée dans la
préservation de l'environnement et la solidarité, pourquoi?
VB : Sans doute mon histoire. Je suis née au cœur des Hautes Vosges et
la forêt a toujours été un refuge pour moi, où je me sens bien et
en sécurité. Je randonne depuis l’âge de 11 ans et j’ai voyagé
un peu partout dans le monde. Je constate au fil des années les
dégâts causés par de la malveillance, l’indifférence ou la
cupidité de l’Homme à la nature et aux êtres qui l’habitent.
Je me sens touchée au plus profond par ces souffrances. Quant à la
solidarité, la question ne devrait même pas se poser tant il
me paraît évident qu’on devrait tous tendre vers cela : plus
de solidarité, plus d’égalité, plus de bien-être collectif.
Malheureusement, le monde court à l’opposé.
IBS :
Penses-tu que le fait que Strasbourg soit la première ville cyclable
de France et qu'il s'y passe beaucoup de choses autour du vélo t’ai
encouragé ou inspiré dans la concrétisation des "Filles à vélo"?
VB : Sans
aucun doute ! Je suis fière de dire que j’habite la première
ville cyclable de France et je me sens tenue de saluer et
d’accompagner ces efforts collectifs pour une ville plus verte et
plus humaine. C’est un sentiment fort. Strasbourg est aussi
l’endroit le plus propice, à mon avis, pour lancer une telle
entreprise car le nombre de femmes qui circulent quotidiennement à
vélo y est particulièrement élevé. Lorsque je suis arrivée à
Strasbourg en 1996, je savais que c’était une belle ville pour y
être venue une fois, mais je n’avais pas imaginé un tel paradis
du vélo. Ce fut la cerise sur le gâteau.
A
l'opposé de la tendance actuelle d'équipements et accessoires high
tech et ultra connectés du marché et qui ne servent pas à grand
chose, Véronique Bertrand propose des produits utiles, élégants et
durables qui s'accordent parfaitement à l'usage quotidien du vélo.
Après les "Filles à vélo" et "Les gars à vélo", Véronique lancera-t-elle bientôt "Les enfants à vélo" ?