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11 janv. 2013

Bataille pour l'espace piéton

Article des DNA du 10 janvier 2013

L’association Piétons 67 attaquait, ce mercredi matin, devant le tribunal administratif de Strasbourg, la Communauté urbaine dans sa politique de zones de circulation mixtes piétons/vélos. Le trottoir est pour les premiers, sans partage, analyse l’association, ou alors avec marquage des territoires de chacun.
 
Le rapporteur public est allé dans ce sens et conclut à une nécessité de marquage, là où ce n’est pas fait. La décision du tribunal doit tomber le 23 janvier. Mais elle ne pourra pas concerner les voies où la Ville a obtenu l’autorisation expresse de la mixité contestée… Pour une expérimentation ! Cette expérimentation se déroule avec l’aval de la Délégation à la Sécurité et à la Circulation routière.

En deuxième audience ce mercredi matin au tribunal administratif de Strasbourg, le conflit piétons-cyclistes sur les trottoirs voit camper chacun des protagonistes sur ses positions.

Le code de la route est incontournable, plaide l’association Piétons 67. On ne peut donc décréter de zone mixte sur un trottoir, a fortiori lorsque les espaces alloués aux cyclistes et aux piétons ne sont pas marqués de manière claire. Par conséquent, la Ville et la Communauté urbaine de Strasbourg doivent faire marche arrière sur ces aménagements.

Nécessité « d’une injonction à la CUS »

L’association, dans la procédure qu’elle a entamée auprès du tribunal administratif, a eu l’oreille attentive du rapporteur public. Déjà fin novembre, mais à nouveau hier matin, après un supplément d’instruction, les conclusions dudit rapporteur semblent favorables à la requête de Piétons 67.

« Les trottoirs où circulent ensemble piétons et cycles, sans délimitation, ni matérialisation indiquant les espaces respectifs, posent difficultés, à notre sens », a réitéré la magistrate. La difficulté que le trottoir est, en principe, réservé aux piétons et aux cyclistes de moins de 8 ans. Le rapporteur conclut à la nécessité, selon elle, dans le jugement à rendre, d’une « injonction à la CUS de prendre les mesures nécessaires dans un délai d’un mois » pour matérialiser les zones mixtes. Mais ajoute cependant : « Il faudrait exclure de cette injonction les voies strasbourgeoises concernées par l’expérimentation en cours, autorisée par la Délégation à la sécurité et à la circulation routière ».

Cette expérimentation concerne le fonctionnement mixte de l’espace piétons/vélos sur les ponts de la Bourse et Pasteur, le boulevard de la Victoire, l’avenue du Rhin, l’allée des Comtes et la rue du Landsberg. Alain Jund, adjoint en charge de l’urbanisme, précise : « Ce sont des endroits où la cohabitation nous paraît la plus pertinente des solutions. Elle évite le détour du cycliste et nous paraît de bon sens, même si juridiquement ce n’est pas correct ».

Du côté de la Ville, on souhaite, « que la législation évolue, pour se rapprocher du droit allemand ou suisse en la matière ». Et on envisage même de demander un élargissement de l’expérimentation précitée à d’autres voies… Mais, d’un autre côté, la municipalité ne resterait pas sourde aux intérêts des piétons.

Alain Jund l’affirme : « Depuis octobre 2010, plus aucun nouveau trottoir mixte n’a été réalisé ». « Par ailleurs, les évolutions de législation ont permis de transformer certains tronçons existant en voie verte, comme, par exemple, l’allée du Schluthfeld. Enfin, de nouveaux aménagements, comme sur la route du Rhin, permettent de reprendre l’existant en offrant des voies dédiées aux cycles. »

Pour revenir au partage de l’espace public, l’élu persiste : « L’idée avance dans la tête des gens, mais les textes ont encore du mal à suivre les pratiques ». Et d’ajouter : « On pourrait aussi, dans un certain nombre de cas, rééquilibrer ce partage en prenant de l’espace public aujourd’hui accordé aux voitures pour remettre le cycliste sur la chaussée »…
 
Le jugement du tribunal administratif est annoncé pour le 23 janvier.

22 déc. 2012

Un logement, un vélo.

Article des Dernières Nouvelles d’Alsace du 28 Novembre 2012

Une fois n’est pas coutume, l’opération du Grand Angle, le long de l’avenue du Rhin, comptera plus de places de parking destinées aux vélos - 128 arceaux, soit 256 places - qu’aux voitures - 81 places. En prime, le promoteur, 3B, offre un an d’abonnement Vélhop à tous les acquéreurs. Une première.

« Quand on parle stationnement, on pense automatiquement voiture. Il est temps de changer de logiciel. Avant, c’était un logement, une voiture ; ici, c’est un
logement, un vélo ! », résume Alain Jund. L’adjoint à l’urbanisme est ravi de l’initiative prise par le promoteur 3B, qui a décidé de son propre chef d’intégrer, pour tout achat d’un appartement au Grand Angle (132 sont prévus dans le programme), un an d’abonnement Vélhop. L’idée ? Provoquer le déclic. Parce qu’un déménagement est aussi l’occasion de changer ses habitudes, le PDG de 3B, Georges Bousleiman, a fait ce drôle de pari. Au Grand Angle, mais aussi sur d’autres opérations en cours - à Hoenheim et à proximité du Musée d’art moderne, notamment, soit 450 logements en tout.

L’essayer, c’est l’adopter

Ce qui l’a mis en selle ? Les réunions organisées à la CUS. « Au début, j’allais de notre siège, avenue de la Paix, jusqu’à la CUS en voiture. Un jour, je me suis dit que ce n’était plus possible et j’ai fait l’effort d’acheter un vélo, juste pour ça : me rendre à la CUS. Et là, j’ai redécouvert la ville et des sensations de gamin… Si j’arrivais à mettre chaque acquéreur sur un vélo pour que lui aussi redécouvre ces sensations, ce serait magnifique ! », s’enthousiasme-t-il. D’où l’idée du Vélhop, qui permet d’essayer - gratuitement, le promoteur prenant en charge pendant un an les 80 € d’abonnement - sans s’engager. Avec le pari qu’une fois que les gens auront testé, ils ne pourront plus s’en passer…

D’où, aussi, un effort particulier fait sur les parkings à vélos - auxquels 341 m 2 ont été dédiés -, en matière d’accessibilité, de sécurisation et de visibilité. « C’est vital. S’il faut chicaner et porter son vélo, on perd l’envie. Trois marches à monter, c’est 20 % de perte sur l’usage », estime Alain Jund. Au Grand Angle, une partie des parkings sera accessible de plain-pied. « Et pour tous, nous avons choisi des locaux nobles », insiste Georges Bousleiman, pour qui l’accent mis sur le vélo vient conforter l’esprit du projet, avec ses systèmes de récupération d’eaux pluviales et sa terrasse sur le toit.

« Au final, tout le monde est gagnant », estime l’adjoint. Les habitants - Alain Jund a calculé, il faut six minutes pour venir de la place de l’Étoile, et l’on sait les soucis causés par la circulation automobile avenue du Rhin -, l’opérateur, pour qui la construction de parkings pour les vélos coûte nettement moins cher
que pour les voitures, sans compter que cela libère de l’espace, et la collectivité, grande adepte, on le sait, des déplacements doux.

« L’idée est de montrer aux gens qu’il est possible de se déplacer à vélo. Ce qu’il faut, c’est trouver le prétexte. Après on prend l’habitude et cela devient un réflexe. D’autant qu’ici, on est à côté de la station de tram et le long de la piste cyclable », insiste l’adjoint. Il ne rêve plus que d’une chose : voir d’autres opérateurs - bailleurs privés, mais aussi, pourquoi pas, publics - emprunter le même chemin que ce « pionnier ». Ce serait la preuve qu’à Strasbourg, le vélo est entré dans la norme.

19 déc. 2012

Lille s'interesse aux amendes minorées...

Article de la Voix du Nord du 23 novembre 2012

Le respect du code de la route par les cyclistes pose parfois question. En raison, notamment, de PV trop coûteux, la tolérance prévaut souvent. Strasbourg, ville phare de la petite reine, expérimente un dispositif inédit d'amendes moins chères, mais plus nombreuses. Dans la métropole, l'accroissement de la pratique du vélo doit-elle aussi s'accompagner d'un serrage de vis ?

Des cyclistes grillant un feu rouge ou un stop. Remontant un sens interdit. Circulant sur les trottoirs au milieu des piétons. Ces comportements se voient souvent, surtout depuis l'arrivée du V'lille. Ils sont peu sanctionnés. « La police est plutôt tolérante, sans doute car les accidents avec des vélos sont très peu nombreux », suppose Sébastien, de l'ADAV (Association droit au vélo). Cette clémence agace Philippe Dutrieu, directeur de l'Automobile-club du Nord : « Les policiers se disent que ce n'est pas grave. On contrôle les automobilistes mais presque pas les autres usagers de la route. Pourtant, un laisser-aller existe chez les cyclistes, on a l'impression que les indications routières ne les concernent pas. » Un constat partagé par Jacky Maréchal, directeur départemental de la Prévention routière : «  Il y a beaucoup de transgression et d'imprudences alors qu'ils sont vulnérables. Ils se mettent en danger, ainsi que les piétons . » Sébastien relativise : « Au lancement du V'lille, il y a eu des difficultés, des néophytes se sentaient plus en sécurité sur les trottoirs.

Dorénavant, on a peu de retours de piétons se plaignant. » Et griller un feu rouge à vélo n'est souvent pas périlleux, juge Sébastien : «  La plupart des cyclistes le font dans une situation sans danger, ce ne sont pas des kamikazes. » Reste que les utilisateurs de vélos sont soumis au code de la route. Franchir un feu rouge coûte 90 E. « Pour un cycliste, c'est excessif », estime Vinciane Faber, conseillère lilloise Verte en charge du Plan vélo. « Le montant du PV doit être le même pour tous », rétorque Philippe Dutrieu. En tout cas, à ce tarif, des agents rechignent à coller une prune aux cyclistes. Depuis le début du mois, Strasbourg expérimente un dispositif inédit. Dans la ville du vélo roi, les amendes sont moins chères mais potentiellement plus nombreuses. Au lieu de valoir 90 E, une dizaine de contraventions sont passées à 45,60 E pour les cyclistes. L'idée séduit Vinciane Faber : « On verra si c'est transposable à Lille. Je serai très attentive aux conclusions du test. » 

L'élue ne tombe pas dans le répressif : « Je suis contre la verbalisation massive mais pour des PV plus équitables. » Ces propos rassureront en partie Sébastien, pas emballé par l'initiative strasbourgeoise : « On a peur qu'avec des amendes minorées, les policiers se sentent plus légitimes à verbaliser. » Le patron de la Prévention routière voit, lui, un avantage : « À condition d'effectuer des contrôles, ça aurait un effet dissuasif. » Sébastien préférerait que les autorités accentuent la lutte contre « les voitures garées sur les aménagements cyclables  ». Et changent certaines installations routières : « Elles ont été mises en place par rapport aux automobiles, et pas aux vélos. » Vinciane Faber le rejoint : « Il faut sanctionner le cycliste mettant sa vie en danger ou celle des autres, mais aussi adapter les règles à la pratique du vélo. » D'où l'essor des doubles sens cyclables. En 2013, tourner à droite à certains feux sera autorisé. Des évolutions nécessaires, relève l'élue : « La pratique du vélo a doublé à Lille, mais on n'est pas au niveau de Strasbourg. On n'a pas encore d'embouteillages de cyclistes. Ce sera peut-être le cas dans quelques années. »

Alain Jund est l'adjoint au maire de Strasbourg (Vert) en charge de la politique vélo. Il explique le système d'amendes minorées.

Pourquoi instaurer ce dispositif ?

« Ça existe en Allemagne. On souhaitait expérimenter la verbalisation au regard du danger généré par les cyclistes. Il n'est pas rationnel qu'ils aient les mêmes amendes qu'un camion ou une voiture. C'est disproportionné. Notre situation est particulière : 12 % des déplacements se font à vélo en ville, 8 % dans l'agglomération (2 % dans la métropole lilloise). Et 33 % des déplacements se font à pied. »

Est-ce une manière de mieux faire accepter une répression ?

« La part du vélo augmente. Comment gérer la cohabitation avec les voitures et piétons ? Il existe des tensions entre piétons et cyclistes, notamment sur les trottoirs. Ce dispositif n'est pas anti-cycliste. C'est aussi pour qu'il y ait une prise de conscience et fixer des limites. Il n'y avait quasiment pas d'amendes. On a demandé plus de présence à la police municipale. »

Est-ce transposable à Lille ?

« C'est intéressant pour les villes où la part du vélo est importante. Ça peut, à terme, être adapté au centre-ville de Lille. »



3 déc. 2012

Vélhop ajoute l’électricité : bientôt 50 vélos assistés en circulation

Article des DNA du 1er décembre 2012

La Ville de Strasbourg mettra 50 vélos à assistance électrique dans son parc de location à partir du printemps. L’occasion pour les curieux de tester cette nouvelle forme de deux-roues. Et peut-être d’élargir la communauté des cyclistes.

Une vingtaine de villes françaises au moins subventionnent les achats de vélos à assistance électrique pour leurs habitants. Pourquoi pas Strasbourg, qui tient à garder son rang de première ville cyclable de France ?

C’est Alain Jund, adjoint au maire de Strasbourg en charge de l’urbanisme et des transports, qui répond : « On préfère aujourd’hui financer le système de location, organiser le réseau cyclable — il y a encore beaucoup d’efforts à faire sur les itinéraires — et développer les parkings à vélos : il manque encore 1 000 places dans le secteur de la gare. »

« On doit agir sur les publics qui sont plus loin »

« Mais on sent qu’avec le vélo électrique, les choses commencent à prendre, admet l’élu Vert. Au printemps prochain, Vélhop en aura une cinquantaine à la location », annonce-t-il.

L’initiative permettra à la Ville de tester sur le terrain si le besoin existe significativement. Et les personnes qui hésitent à s’équiper pourront expérimenter la bête avant de débourser entre 350 € et 2 500 €. « La location sera transitoire, estime l’adjoint. Actuellement, à Vélhop, on loue un an ou deux, et après, on s’achète son vélo. »

Les ventes de vélos à assistance électrique ont été multipliées par dix entre 2005 et 2010. Même si elles ne représentent que 1,2 % des ventes totales de cycles. « On n’est pas sur des créneaux massifs, mais sur des créneaux en devenir », estime Alain Jund.

Pour lui, c’est clair, cette bicylette boostée a de l’avenir, et elle peut « élargir les publics ». Il pense aux personnes plus âgées, à qui l’assistance permet de rester en selle plus longtemps. Et puis surtout, l’adjoint au maire vise les « pendulaires », ceux qui arrivent en ville avec leur voiture pour travailler. « À Strasbourg, si on veut faire avancer la part modale du vélo [*], on doit agir sur les publics qui sont plus loin. »

Le vélo électrique peut leur offrir une véritable alternative à la voiture (lire ci-dessous). « De plus en plus de personnes viennent d’au-delà de la CUS sur les pistes cyclables. C’est pour ça que je pense que ce vélo a de l’avenir. »


Parmi les nouvelles formes de deux-roues, les vélos-cargos, ces biporteurs ou triporteurs avec carriole (pour les enfants, pour les courses) pourraient aussi faire un jour leur apparition dans les linéaires de Vélhop. Avec la même philosophie : permettre aux intéressés de tester avant d’acheter. Et élargir la famille des cyclistes à d’autres types d’usagers.

[*] Le vélo représente environ 14 % des déplacements à Strasbourg et 8 à 9 % dans la CUS.

6 nov. 2012

I bike Strasbourg interviewe Alain Jund

I bike Strasbourg vous proposera de temps en temps des interviews d'acteurs de la culture vélo à Strasbourg ou ailleurs. On débute aujourd'hui avec Alain Jund, conseiller communautaire délégué au vélo de la Communauté urbaine de Strasbourg (CUS) et vice président du Club des villes cyclables. Il présente la politique cyclable de l'agglomération strasbourgeoise, ses points forts, ses points faibles et les développements à venir.

I bike Strasbourg : Bonjour M.Jund, vous êtes conseiller communautaire délégué au vélo pour la Communauté urbaine de Strasbourg (CUS), pouvez-vous nous expliquer quelles sont vos missions?

Alain Jund : L’objectif de ma délégation consiste à développer la politique cyclable sur la CUS. Je fais ce travail en collaboration avec les 28 maires des communes de la CUS. C'est n'est pas toujours simple car les réticences restent fortes sur la place à donner au vélo au sein de notre territoire.



IBS : Pouvez-vous nous annoncer le budget annuel affecté par la CUS et la ville de Strasbourg au développement du vélo ?

AJ : Nous n’avons pas de chiffres exacts du budget de la CUS ou de la ville de Strasbourg pour le vélo car une part importante des aménagements que nous faisons pour le vélo est intégrée aux projets globaux de réaménagement de voiries ou dans le développement du tramway.

Velhop nous revient globalement à un peu moins de 1 million d’euros par an ce qui est beaucoup moins que d’autres villes françaises qui ont un système classique comme Paris ou Lyon. Le projet de passerelle cyclable qui traverse les 6 voies de l’autoroute A35 et le réseau ferré à la hauteur de Schiltigheim sur la route de Hausbergen, représente un cout d’investissement de 9 millions d’euros. Si la CUS disposait d'un budget vélo spécifique, cette passerelle grèverait une grande partie du budget pendant plusieurs exercices.


IBS : Aujourd'hui de combien de kilomètres d'aménagements cyclables dispose la CUS ?

AJ : Aujourd’hui, la CUS possède près de 580 km d’aménagements cyclables. Nous réalisons annuellement 10 à 15 nouveaux kilomètres. C'est vrai, que par rapport à d'autres villes françaises, Strasbourg a beaucoup d'avance. Cependant, quand on regarde vers l'Europe du Nord ou juste de l'autre côté du Rhin, Strasbourg a beaucoup de retard...

Pour combler ce retard, nous allons développer sur plusieurs itinéraires majeurs un Réseau Express Vélo (REVE). Son objectif est que les cyclistes habitant à plus de 5 km de Strasbourg et y travaillant aient des itinéraires confortables, sécurisés et sans trop d’arrêts. C'est un projet que nous finaliserons à l'horizon 2020. Aujourd'hui, certaines infrastructures existent notamment le long des canaux. Nous devons les adapter, améliorer les connexions avec le réseau cyclable et mieux les sécuriser.


On ne peut pas développer le vélo en ville tout en garantissant la même place à la voiture.

IBS : Malgré ce réseau important et maillé, de nombreux problèmes subsistent pour les cyclistes à Strasbourg. Comment les supprimer ?

AJ : La CUS a adopté en 2011 son nouveau schéma directeur vélo 2020. Nous avons fait le bilan de l’existant. Celui-ci a mis en exergue différents freins à l’utilisation du vélo, notamment des discontinuités d’aménagements. Le schéma directeur propose qu’un grand nombre de celles-ci soient traitées à l’horizon 2020.

Cependant, la grande majorité des discontinuités d’aménagements ne pourront être supprimées qu’avec des financements et surtout une redistribution de l’espace public plus favorable au cycliste et au piéton. On ne peut pas développer le vélo en ville tout en garantissant la même place à la voiture. A titre d’exemple, le pont Pasteur sera réaménagé en 2013 en prenant une voie de circulation à la voiture et en l’affectant au vélo afin que l’itinéraire soit sécurisé pour les cyclistes mais aussi pour les piétons.


IBS : Parmi ces obstacles à la pratique du vélo, il y a le stationnement sur espace public. Quelle est la politique de la Ville et de la CUS sur ce point ?

AJ : La crainte du vol est l'une des premières causes de non utilisation du vélo. C’est pour cela que nous développons depuis quelques années une politique de stationnement s'articulant autour de trois points.

Le premier point est l'installation d'arceaux vélos. La CUS en implante actuellement 1200 à 1400  par an sur l’espace public et continuera à le faire.

Le second consiste à favoriser l'intermodalité entre le vélo et les transports en commun. Les 14 gares TER de l'agglomération ainsi qu'une grande partie des terminus des lignes de tramway sont équipés de parkings vélo sécurisés. Nous allons également augmenter l’offre de stationnement à la gare centrale car sur les 2000 places actuellement disponibles, il en faudrait encore un millier pour satisfaire la demande.

Enfin, le dernier point concerne le stationnement sur domaine privé. Nous avons fait sur Strasbourg une modification du plan d'occupation des sols (NDLR : Alain Jund est également adjoint à l'urbanisme de la ville de Strasbourg) qui oblige toute nouvelle construction à avoir 3% de la surface habitable spécifiquement consacrée au stationnement des vélos.


IBS : Vous parliez du déficit de stationnement à la gare centrale, quels sont les projets pour résoudre ce problème?

AJ : Nous avons ces dernières années supprimé deux parkings voiture de surface pour y installer  500 nouveaux arceaux vélo. Nous constatons que cela n'est toujours pas suffisant. Aussi, nous avons deux nouveaux projets qui devraient bientôt aboutir. L’un de 400 places se situera à l’horizon 2013 au nord de la gare à coté du parking Woodli. L’autre à moyen terme au sud de la gare qui consistera en une extension de 500 places du parking vélo Sainte Aurélie.


Les conflits entre piétons et vélos sont une réalité à Strasbourg

IBS : De récents articles ont fait état de conflits entre piétons et cyclistes grandissant et de marquage sur chaussée non conforme. Que fait la collectivité pour résoudre ces problèmes?

AJ : Le marquage vert a été mis en place à Strasbourg à titre expérimental au début des années 90. A l’époque, il avait été validé par la direction nationale de la sécurité routière. Il s’avère qu’aujourd’hui cette manière de faire n’est plus dans les normes. Ce qui avait été autorisé à une époque ne l’est plus aujourd’hui. Nous sommes donc en train de voir dans quels délais nous pourront supprimer ces marquages.

Les conflits entre piétons et vélos sont une réalité à Strasbourg. Notre ville est victime de son succès. Nous avons une part importante de déplacements qui se réalisent à pieds et à vélo. Aujourd’hui, quand je vais à Rennes, Marseille ou Lyon, il n’y a pas de conflits entre les piétons et les vélos car il y a très peu de vélo. Ces conflits génèrent des crispations dans un certain nombre de secteurs ou de rues. Il faut les prendre en compte et en discuter sereinement.

Il y a aujourd’hui un consensus entre les différentes associations d’usagers piétons et cyclistes pour résoudre ces problèmes même si l'on se focalise sur une part infime des cyclistes qui font les zouaves et discréditent l’ensemble des cyclistes. Nous allons donc travailler sur l’identification des secteurs où des problèmes de cohabitations se posent et déterminer comment les résoudre.

Depuis 2008, on constate une augmentation du nombre de cyclistes de 10 à 15%

IBS : Le schéma directeur vélo fixe un objectif de part modale du vélo de 20 % sur la CUS en 2025. Cet objectif ne vous semble-t-il pas irréaliste? Comment comptez-vous l'atteindre ?

AJ : Aujourd'hui, on est à 8% de part modale vélo sur l'agglomération. Passer à 20 % dans 10 ans c’est quand même pas mal! Depuis 2008, nous avons mis en place un certain nombre de compteurs vélos. On constate grâce à ces équipements une augmentation de 10 à 15 % des cyclistes.

Pour atteindre demain cet objectif de 20%, il y a plusieurs éléments que nous souhaitons développer. Le premier est la poursuite d’aménagements cyclables notamment sur la seconde couronne. Le second est le stationnement. Le troisième est le développement de Velhop pour de nouveaux publics. Le dernier est la poursuite du partage de l’espace public en faveur du vélo.

En parallèle, on se rend compte que l’augmentation du prix de l’essence est également un facteur positif pour le développement du vélo. Nous allons également travailler plus spécifiquement dans les quartiers d’habitat sociaux. Les quartiers de Hautepierre ou Cronenbourg par exemple ont une part modale vélo de 3 %. Nous avons tout un travail à faire avec les organismes HLM et les réseaux associatifs dans ces quartiers pour que le vélo trouve également sa place et qu'il ne soit plus perçu comme le mode de déplacement du pauvre.

Enfin, il faut savoir que depuis 2009, l’employeur est tenu légalement de rembourser au salarié une location de vélo au même titre qu'un abonnement de transport en commun. Ce dispositif est également un levier pour l’augmentation de la part modale du vélo.

La minoration des amendes permettra de mieux verbaliser les mauvais cyclistes.

IBS : Depuis le 2 novembre, Strasbourg expérimente une minoration des amendes pour des infractions de 4ème classe au code de la route commises par les cyclistes. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de cette expérimentation et les objectifs attendus?

AJ : La minoration des amendes existe déjà depuis quelques années chez nos voisins allemands. Nous souhaitons que la verbalisation soit proportionnée au danger que génère celui qui commet l'infraction. Quand un cycliste grille un feu ou un stop, il ne met pas autant en danger les autres usagers de l'espace public qu'une voiture qui commet la même infraction. C'est en vertu de ce constat que ce travail a été mené pour minorer la verbalisation des cyclistes de 90 € à 45,60 €.

Cette expérimentation aura une seconde conséquence, c'est qu'aujourd'hui, il y a très peu de verbalisation des cyclistes. C'est assez exceptionnel de se faire verbaliser au guidon de son vélo. C'est peut être le fait qu'il n'y ait pas le minimum de verbalisation qui fait qu'une petite minorité de cyclistes circule n'importe comment. La minoration des amendes permettra de mieux verbaliser les mauvais cyclistes.

IBS : Ne craignez-vous pas que cette expérimentation ne renforce encore plus le sentiment d'impunité que certains piétons ou automobilistes éprouvent envers les cyclistes?

AJ : Non, puisque ces mesures permettront de verbaliser. Aujourd'hui, je trouve assez indécent de dresser un procès verbal à un cycliste qui grille un stop parce qu'à part lui, il ne met personne d'autre en grand danger. Si nous voulons que le vélo soit traité comme un mode de déplacement comme les autres, il faut que les cyclistes respectent le code de la route et fassent attention à ceux qui sont plus fragiles qu'eux et principalement aux piétons.


IBS : Velhop va-t-il continuer à se développer?

AJ : Au bout de deux ans de service, nous avons atteint un premier seuil de développement.  Aujourd'hui nous avons 4400 vélos dont 3600 qui sont loués. Nous souhaitons développer ce service de différentes manières. La première est d'augmenter le stock de vélo. Il nous faudra en 2013 un millier de vélos supplémentaires. La seconde est de cibler certains publics comme les étudiants ou les touristes. Enfin, nous devront impérativement développer en 2013 des partenariats entre Velhop et les entreprises.


IBS : Avec vos activités politiques vous déplacez vous encore à vélo ?

AJ : J'ai toujours mon vélo depuis de longues années et je continue à l'utiliser. Je fais une grande partie de mes déplacements à vélo dans l'agglomération, parfois je le mets dans le tram. C'est une bonne manière de voir sur le terrain ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

12 sept. 2012

Synthèse du colloque strasbourgeois sur le VLS

Au delà des présentations approfondies des systèmes de VLS d'Amérique du Nord, d'Europe et de France deux points importants sont à retenir du colloque qui s'est tenu hier à Strasbourg.

Introduction de Roland Ries, Maire de Strasbourg et vice président de l'agglomération en charge des transports et président du GART
Tout d'abord, le Vélhop strasbourgeois, se démarque des autres systèmes de VLS existant par la participation de nombreux acteurs locaux (compagnie de transport, service d'autopartage, société d'équipement, opérateur de mobilité, association, gestionnaire de parkings...) dans le système et par son intégration globale au sein du système de mobilité de la capitale alsacienne.

En second, le VLS n'est qu'un élément de la politique cyclable à la croisée de la mobilité et de la communication. A ce titre, il ne suffit pas à accomplir une politique vélo. Pour Alain Jund, adjoint au Maire de Strasbourg, en charge de la politique cyclable sur Strasbourg et son agglomération, trois axes sont nécessaires pour développer durablement la pratique du vélo dans les villes.

En premier lieu, la politique cyclable doit se développer dans la durée. Elle doit également se faire en lien avec une réflexion sur la place de la voiture en ville et enfin, elle doit être volontariste.

Intervention d'Alain Jund, adjoint au Maire de Strasbourg en charge de la politique cyclable et vice président du club des villes et territoires cyclables
Pour cela, selon l'élu, sept axes doivent être simultanément mis en œuvre :
    • un réseau cyclable performant et de qualité
    • le développement de stationnement vélo et de l'intermodalité
    • une réflexion sur des règles d'urbanisme plus favorables au vélo
    • la lutte contre le vol
    • la pratique du vélo sur des distances supérieures à 3 km
    • le développement d'une culture vélo partagée par les élus, les techniciens, les associations et les usagers
    • des services en lien avec le vélo (dont le VLS)
A noter également, la participation de Strasbourg Cycle Chic au colloque puisque dix photos grand format présentant des Vélhopiens dans les rues de Strasbourg étaient affichées dans la salle. 


Les photos exposées par Strasbourg Cycle Chic sont visibles en cliquant sur le lien suivant : Strasbourg Cycle Chic - Vélhop