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23 oct. 2013

Piétons et cyclistes ou comment vivre ensemble ?



La ville de Strasbourg  organisait jeudi 17 Octobre un colloque intitulé « Le piéton au cœur de la ville ». Près de 400 personnes de toute la France avaient répondu à l’invitation. Dans le cadre des mes fonctions de chef de projet Vélostras au sein de la Communauté urbaine de Strasbourg, j’ai été invité à animer l’atelier  « Vélo et piétons ou comment vivre ensemble ? » où intervenait :

-Mme Geneviève Laferrère, présidente de la FUB (Fédération des usagers de la bicyclette), fondée en 1980, dont le siège est à Strasbourg et qui forte de 180 associations a pour objectif d’encourager l’utilisation du vélo comme mode de déplacement quotidien.

-Mr. Thomas Jouannot, chargé d’études « Sécurité routière et développement de l’usage du vélo » au CERTU (Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques.

-Mr. Daniel Lemoine, chargé d’étude « Sécurité des usagers et déplacements » également du CERTU.



Vous trouverez ci dessous mon propos introductif et conclusif de cet atelier ainsi que quelques unes des photos grand format (de piétons !!!) qui ornaient l’auditorium de la cité de la Musique et de la danse où se déroulait le colloque.

"En liminaire, je tenais tout d’abord à rappeler que la relation parfois difficile entre les piétons et les cyclistes n’est pas nouvelle. Ainsi à Strasbourg, les archives municipales recensent le premier accident entre un piéton et un cycliste, le 26 avril 1869, place Broglie lorsqu’un jeune homme circulant sur un vélocipède renverse un enfant de 3 ans. Son père écrit le lendemain au Maire Humman pour réclamer une réglementation de la circulation pour les vélos. Quelques jours plus tard, le 1er mai, le Maire prend un arrêté qui « interdit désormais la circulation des vélocipèdes sur les trottoirs, les places macadamisés, les ruelles pavées en bitume, l’intérieur des promenades et les contre allées. »

Plus tard vers 1920, l’historien Strasbourgeois, Fritz Kiener parodie Horace avec ces quelques rimes:

"Bicycle, unique objet de mon ressentiment,
Bicycle qui m’a fait tomber si fréquemment,
Bicycle dont la corne affreuse est trop sonore,
Bicycle que je hais parce que l’on t’adore,
Puissent les omnibus, ensemble conjurés,
Ecraser tes guidons d’un pas bien assuré,
Si ce n’est pas assez de cette compagnie,
Que le cocher de fiacre au tramway se rallie,
Et que tous les chauffeurs attirés par nos vœux,
Fassent pleuvoir sur toi leur déluge de feux,
Puissiez-vous, ô vélos, devenir un mélange,
De fer, de caoutchouc écrasé dans la fange,
Puis-je en un chaos voir indistinctement,
Gladiator, Rudge, Humbert, Peugeot, Dunlop, Clément,
Puis-je de mes yeux voir se fonder leurs chaînes,
Voir briser les rayons des cycles anathêmes,
Voir le dernier des pneus à son dernier soupir,
Moi seul en être cause… et mourir de plaisir !"

Par la suite, à cause de la motorisation croissante de notre société après la seconde guerre mondiale et de la diminution des déplacements à pied ou à vélo, les rapports entre les piétons et les vélos ont été très peu étudiés. Il faut attendre 1984 pour qu’une première étude s’intéresse au sujet. Ce travail a été réalisé par l’allemand Duister Hellmut Schubert qui a analysé le trafic cycliste dans différentes zones piétonnes.

Une seconde étude qui fait référence encore aujourd’hui a été menée en 2004 sur plus de 80 sites dans une quinzaine de villes hollandaises. Ce travail confirme les premiers résultats de Schubert et va plus loin en proposant différents niveaux de cohabitation et d’aménagements selon la densité des flux piétons (plus d’informations sur ces études dans le plan piéton de Strasbourg).

Aujourd’hui en France, de nombreuses collectivités travaillent sur cette thématique dont Strasbourg bien sur qui est une des villes qui marche et pédale le plus en France, mais aussi Paris qui a réalisé en 2007 une étude sur les relations entre les cyclistes et les piétons sur 8 sites ou encore plus récemment Toulouse où sur la bien nommée rue d’Alsace Lorraine un radar pédagogique à destination des cyclistes a été installé durant quelques jours fin septembre 2013.

A Strasbourg, les statistiques d’accidentologie depuis 2001 recensent une dizaine d’accidents par an entre les piétons et les cyclistes qui ont rarement des conséquences graves. Ces chiffres faibles et stables ne doivent cependant pas éclipser les « gènes » ressenties par les piétons, probablement plus nombreuses et qui dépendent de la proxémie c'est-à-dire de la distance physique qui s’établit entre des personnes prises dans une interaction. Cette distance peut varier d’une personne à l’autre selon de nombreux facteurs comme l’âge ou les vitesses des sujets. Les personnes âgées ne réagissent pas de la même façon que les adolescents à un dépassement par un cycliste. De même, un piéton sera plus surpris d’un dépassement de cycliste venant de l’arrière que de l’avant. 
 
Ainsi, une des 10 actions du plan piéton de la ville de Strasbourg adopté à l’unanimité par le conseil municipal le 23 janvier 2012, a pour objectif « de désamorcer les conflits piétons/cyclistes ». Ce document de planification, un des premiers sur cette thématique en France, consacre près de 20 pages à ce sujet et propose des premières pistes d’actions basées sur de nombreux exemples hollandais, suisses ou allemands et notamment celui de la ville voisine de Freiburg.

Avant de passer la parole à nos trois intervenants, je vous propose de regarder un court clip réalisé l’année dernière par la Communauté urbaine de Strasbourg et ses partenaires de la sécurité routière (Préfecture, police nationale, et l’association cycliste locale CADR 67 ).

 


 

 

 


Durant cet atelier, j’ai retenu trois actions importantes qui sont à mettre en œuvre pour apaiser les relations entre les piétons et les cyclistes. La première consiste en la réalisation d’aménagements réglementaires, bien réfléchis et pensés pour accorder une bonne place aux piétons et aux cyclistes dans nos villes. La seconde est un travail de prévention et de communication des bonnes pratiques à respecter selon les différents aménagements (trottoirs, aménagements cyclables, zones piétonnes, zone de rencontres, zones 30…). La dernière est le contrôle de cette réglementation pour sanctionner les mauvais utilisateurs qu’ils soient piétons, cyclistes ou automobilistes.

Enfin, je vous propose de ne plus utiliser le terme de conflits car ce mot définit une opposition. Je pense qu’il ne faut pas opposer les piétons et les cyclistes car ce sont les deux catégories les plus fragiles d’utilisateurs de l’espace public et parce qu’ils utilisent des modes de déplacements très économes en espace, en énergie et économiquement avantageux pour eux ainsi que pour les finances publiques. De plus, il y a suffisamment de véritables conflits meurtriers dans notre société et nous n’aurons heureusement pas besoin d’inspecteurs de l’ONU pour « désamorcer le conflit entre les piétons et  les cyclistes ».

Aussi, je vous propose désormais d’utiliser le terme de cohabitation qui peut être bonne, à améliorer ou mauvaise. Ce mot me semble beaucoup plus juste car il introduit une notion de partage de cette valeur commune qu’est l’espace public et c’est ce partage de l’espace public entre les piétons et les cyclistes mais aussi avec les transports en commun et les automobilistes qui est mise en avant dans la démarche du code de la rue.

Merci de votre attention."

Grégory Delattre

17 juin 2013

La culture vélo à Vienne, partie 1, Velocity 2013 Bike Parade.

Fraichement revenu de Vienne où se déroulait la conférence Velocity 2013, organisée par l'ECF (European Cyclist Federation), I Bike Strasbourg vous propose toute la semaine de partir à la découverte de la culture vélo dans la capitale autrichienne. On commence aujourd'hui par ce qui fut un des grands moments de cette semaine viennoise, la Bike Parade !

Jeudi en fin d'après midi, près de 4000 cyclistes ont défilé dans les rues de Vienne, spécialement fermées à la circulation motorisée, sur un parcours de près de 10 km entre l'Hôtel de Ville et le Pratter (l'équivalent de Central Park à Vienne) via le ReichsBrücke (pont sur le Danube). L'aller retour sur cet ouvrage d'art à 2*3 voies était le moment le plus symbolique.





Tous les types de vélo et de cyclistes étaient venus participer à cet évènement majeur, des sportifs aux familles en passant par les cyclistes quotidiens ou du dimanche.












La fin de la Parade s'est déroulée au pied de la Riesenrad de Vienne (Grande roue) avec saucisses, bières et concerts. 

Une petite partie des français rencontrés durant cet évènement : Christine Lambert (FUB), Thomas Jouannot (CERTU), Olivier Razemon (Le Monde), Pierre Toulouse (Ministère du développement durable), Olivier Schneider (FUB)

Merci aux quelques français que j'ai pu rencontrer lors de la conférence (c'est pas la quantité mais la qualité qui compte !). C'était un grand plaisir de faire votre connaissance et d'échanger avec vous. En espérant que l'on se reverra avant Adelaïde 2014... Bis bald !!!. Si vous voulez voir plus de photos cliquez ici.

3 avr. 2013

Strasbourg expérimente le sas cycliste sans couloir d'approche aux carrefours à feux

La Communauté urbaine de Strasbourg (CUS) expérimente depuis avril 2011 avec l'autorisation de la Délégation à la sécurité et à la circulation routière (DSCR), le sas cycliste sans couloir d’approche aux carrefours à feux. Cet aménagement est une déclinaison plus minimaliste du sas vélo dont vous trouverez tous les renseignements sur cette fiche méthodologique du CERTU. Dans la réglementation actuelle, le sas est uniquement autorisé lorsque le cycliste bénéficie d’un aménagement qui lui permet d’y accéder.

Sas avec couloir d'approche, rue Mélanie, Strasbourg
La CUS a demandé à la DSCR de pouvoir expérimenter ce nouveau dispositif sans couloir d’approche sur 4 carrefours de la route de Bischwiller. Cet axe historique et commerçant qui a été réaménagé au milieu des années 2000 supporte aujourd’hui un trafic de près de 15 000 véhicules jour sur son tronçon le plus chargé (contre 20 000 avant réaménagement).

Le parti pris par les élus lors du réaménagement a été de ne pas équiper cet axe d’aménagements cyclables pour y conserver du stationnement automobile afin de répondre à la demande des commerçants (no parking = no business!). Un aménagement cyclable parallèle à la route a été aménagé dans des petites rues mais celui-ci se révèle peu pratique à l’utilisation (vallonné, mauvaise visibilité aux intersections, itinéraire moins direct…) et surtout totalement déconnecté de l’offre de commerces et de services présente sur la route de Bischwiller.

Les 4 carrefours concernés par l’expérimentation sont :
  • Route de Bischwiller / rue de la mairie
  • Route de Bischwiller / rue de Wissembourg
  • Route de Bischwiller / rue de Bitche
  • Route de Bischwiller / avenue de Périgueux
Sur ces 4 carrefours, le cycliste est autorisé à franchir la ligne d’effet de feu (marquage en pointillé au sol) devant laquelle les automobilistes doivent s’arrêter quand le feu est rouge et à se placer dans le sas. Pour cela, ils doivent remonter la file de voiture en doublant par la gauche comme le prévoit le code de la route.

Cohabitation dans le sas même si les deux roues motorisés n'y sont pas autorisés


Les résultats de cette expérimentation sont positifs. Aucuns accidents mettant en cause ces aménagements ont été recensés. Le sas est également globalement bien respecté par les automobilistes et cette évolution apporte un véritable plus aux cyclistes même si certains n'ont pas encore compris son fonctionnement. Une campagne de communication expliquant le fonctionnement spécifique de ces 4 carrefours pour les cyclistes pourrait mieux faire connaitre ce dispositif.

Mauvaise utilisation ou ignorance du sas
 La CUS a demandé à la DSCR de prolonger l’expérimentation sur ces 4 carrefours et de l’étendre sur 5 nouveaux de la ville de Strasbourg. La réponse de la DSCR est attendue avant l’été. I Bike Strasbourg vous tiendra informé de l’évolution de cette expérimentation.