Le 23 janvier
dernier, le tribunal administratif de Strasbourg a rendu son jugement
dans le procès qui opposait l'association Piétons 67 à la Communauté
Urbaine de Strasbourg (CUS). L'association reproche à la CUS d'avoir
autorisé les cyclistes à rouler sur certains trottoirs de la ville de
Strasbourg sans délimiter les espaces entre les piétons et les
cyclistes.
Le
tribunal a donné gain de cause à l'association Piétons 67 en vertu de
l'article R412-34 du code de la route qui stipule que seuls les
cyclistes de moins de 8 ans sont autorisés à rouler sur les trottoirs et
à l'allure du pas. Les trottoirs mixtes permettant la circulation des
piétons et des cyclistes sans délimitation de leurs espaces respectifs
sont donc illégaux.
Le
juge donne trois mois à la CUS pour se mettre dans la légalité. A mon
sens, si la communauté urbaine souhaite prendre en compte les cyclistes
dans les modifications, deux principales pistes sont possibles:
- matérialiser les espaces respectifs aux sol par un marquage quand cela est possible et en respectant les largeurs minimales de trottoirs, des aménagements cyclables et la loi d'accessibilité
- transférer les cyclistes sur la chaussée en leur créant un nouvel aménagement
Piétons
67 a engagé ce procès suite au comportement dangereux de cyclistes sur
les trottoirs mixtes (vitesse excessive, dépassement frôlant...). Si la
manière de régler le problème est discutable, le problème est réel, mais
très localisé et dépend en premier lieu du comportement d'une minorité
de pédards qui stigmatise l'ensemble des cyclistes.
A
un niveau local, il est donc important de sensibiliser l'ensemble des
cyclistes. Le réaménagement de ces trottoirs ne suffira pas à supprimer
le problème. De la pédagogie, de la communication et sans doute
également un minimum de répression devront également être mis en œuvre
en complément aux modifications imposées par le tribunal administratif.
A
une échelle nationale, le code de la route doit évoluer pour mieux
prendre en compte les cyclistes qui seront de plus en plus nombreux dans
les années à venir. En effet, il autorise depuis 2004, les voies
vertes. Ces routes sont ouvertes à tous les modes de déplacements non
motorisés principalement le long de canaux et sur d'anciennes voies
ferrées (dont certaines sont très fréquentées par les promeneurs, les
cyclistes et les rollers). La cohabitation entre les piétons et les
cyclistes sur un même espace y est autorisée sans délimitation.
Le
code de la route autorise également depuis 2009 les zones de
rencontres. Dans ces zones les piétons sont autorisés à circuler sur la
chaussée sans y stationner et sont prioritaires sur les autres modes de
déplacements (cycliste, voitures...). A Strasbourg, certaines zones de
rencontres ne sont pas plus larges que les trottoirs mixtes dénoncés
dans le procès.
La
réflexion vers la cohabitation entre piétons et cycles en milieu urbain
doit donc être rapidement approfondie. A ce titre, la Ville de
Strasbourg expérimente depuis 2010 avec l'accord de la DSCR (Délégation à
la Sécurité et à la Circulation routière) 6 trottoirs mixtes* autorisés
aux cyclistes. Ces trottoirs ne sont pas remis en cause par le jugement
car autorisés par le Ministère. Malheureusement, on ne connait pas le
résultat de cette expérimentation. Quid des conflits ou d'éventuels
accidents sur ces trottoirs mixtes expérimentaux ? Pas de nouvelles,
bonnes nouvelles ?
Une
réflexion est donc engagée auprès des instances du Ministère sur le
fonctionnement et l'acceptabilité des trottoirs mixtes. Si à l'avenir de
tels aménagements sont autorisés, ils devront cependant rester
exceptionnels. En effet, c'est à la voiture que le vélo doit prendre de
la place et non aux piétons. L'aménagement prévu pour les cyclistes sur
le pont Pasteur en 2013 en est un bon exemple...
* pont de la Bourse, pont Pasteur, rue du Landsberg, boulevard de la Victoire, pont des Ducs, et pont Vauban.
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