8 nov. 2017

Le tour du monde à vélo en 14 ans...

Bien qu’ayant actuellement le vent en poupe, le cyclotourisme n’est pas une activité ou un loisir récent. Il s’est développé parallèlement au vélo dès la fin du XIX ème siècle et il n’a pas fallu attendre longtemps pour que les premiers cyclistes aventuriers partent à la conquête des contrées les plus éloignées du globe. Même à la fin des années 1970, alors que l’usage du vélo est devenu pratiquement nul, des personnes se sont lancées dans des voyages à vélo pour différentes raisons.

Ce fut le cas de Françoise étudiante en décoration d’intérieur de 21 ans et Claude, technicien orthopédiste de 25 ans. Cette décision ne s’est pas prise sur un coup de tête. Elle a été longuement mûrie et est le fruit d’un long cheminement. «Peu à peu s’est développé en nous le désir d’une nouvelle conception de vie. Briser le chemin rectiligne qui se profilait à l’horizon et qui représentait notre destin: un métier, une maison, une famille et refuser la société de consommation».

Le déclic se provoqua en 1978, suite à la lecture d’un article de journal sur un français qui venait de boucler un tour du monde à bicyclette en trois ans. Ce projet alliait le goût pour la nature et le sport qu’ont Françoise et Claude. Ils décident donc de s’équiper avec des vélos réalisés sur mesures et des différentes sacoches nécessaires. Puis, le couple commence à tester ses vélos dans les monts du lyonnais et progressivement lors de randonnées de plusieurs semaines dans les Alpes ou d’autres régions françaises. En parallèle, ils ont pris des cours  d’anglais et ont commencé à définir un itinéraire.

Ainsi, Françoise et Claude quittèrent Lyon à vélo le 1er avril 1980 avec toutes leurs économies qu'ils pensèrent suffisantes pour pouvoir voyager pendant trois ans. « Nous partons à la recherche d’un autre mode de vie, d’une philosophie ou l’argent, les apparences, le luxe ne seront plus des valeurs essentielles. Nous refusons la hiérarchie, la bassesse, la peur, la haine. Nous voulons respirer, non pas nous essouffler, marcher non pas courir. Il nous faut réapprendre à écouter, à comprendre, à aimer. Redécouvrir le respect, l’entraide, le sourire. Nous avons besoin d’un dépaysement total, de côtoyer chaque jour des gens différents, d’être en phase avec toutes les réalités de l’existence. Nous rêvons d’amitiés, de valeurs telles que la confiance, la tolérance. Nous partons aussi à la découverte de nous-même ».

Ils rentreront dans la capitale des Gaules 14 ans plus tard après un peu plus de 150 000 km, 35 000 photos, 503 crevaisons, 66 pays visités, en ayant utilisés 89 pneus, 40 chambre à air, 2 fourches, 54 rayons, 6 selles, 12 dérailleurs, 54 patins de frein, 97 câbles, 7 jantes et 19 béquilles. Des statistiques qui doivent effrayer plus d’un cycliste quotidien, d’autant plus lorsque l’on sait que Françoise et Hervé n’avaient jamais pratiqué le vélo avant leur départ et qu'ils ont donné naissance, en 1988, en Nouvelle-Zélande, à leur fille Manon qui a partagé avec ses parents les 6 dernières années de ce voyage à vélo autour du monde.







 






Ce livre, paru en1995, aux éditions du cherche midi relate leurs 14 années passées au guidon de leurs vélos et les expériences souvent bonnes et parfois moins qu’ont vécu le couple puis cette famille de cyclo nomades. Résumer 14 années passées à pédaler autour du monde et à rencontrer de nombreuses et diverses personnes en 283 pages n'est pas un exercice facile. Certaines parties du voyage sont décrites avec plus de détails que d'autres ce qui permet de se focaliser sur les temps forts et de donner un rythme soutenu au livre. Le lecteur est ainsi aisément embarqué dans cette aventure et participe aux joies, rencontres, déceptions aux difficultés ou risques rencontrés par cette famille.

A propos de ces derniers les auteurs précisent : « Le plus grand danger est tout simplement la route, où nous sommes constamment à la merci de conducteurs inconscients et irrespectueux des cyclistes. Que ce soit au Canada, en France ou Brésil, au Maroc ou en Corée du Sud, nous avons toujours rencontrés des chauffeurs de camions, de voitures, de cars ou de taxis prêts à nous écraser, tout bonnement parce qu’appuyer sur la pédale de frein et attendre quelques instants, leur demandaient un effort beaucoup trop important. Pensez donc ! Perdre quelques secondes, quelle guigne ! Certains pensent aussi que cela les dévaloriserait. Il y a donc ceux qui n’aiment pas les cyclistes, les flemmards, les méprisants et les pressés, ceux qui ne prennent jamais le temps et nous aperçoivent à peine ».

Près de 25 ans après sa parution, ce livre avec le développement du vélo est plus que jamais d’actualité. Françoise et Claude Hervé ont eu le courage de se lancer dans cette aventure qui a véritablement changé leur vie. Sa lecture peut donner envie de tout plaquer et de partir avec ceux que l’on aime à la découverte du Monde à vélo ou au moins d’y rêver…



Les photos illustrant cet article ont été scannées du livre et ont été réalisées par Claude Hervé

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