27 sept. 2017

Bullitt, le biporteur qui en moins de dix ans a révolutionné la mobilité !

Hans Fogh et Lars Malmborg sont deux amis qui ont grandi à Copenhague sur des vélos cargo. Hans se déplaçait sur son biporteur Long John toute la journée, que ce soit pour ses déplacements professionnels en tant que charpentier ou personnels. Il l’a modifié et personnalisé pour qu’il soit plus rapide. Lars, lui est à l’origine de la marque de triporteurs Winther Bikes.

Avec leurs montures, ils s’affrontaient souvent dans des courses improvisées. A ce jeu-là, Hans et son Long John*, âgé de plus de 60 ans, étaient toujours plus rapide que les triporteurs de Lars. Ces compétitions ont alimenté la réflexion des deux compères pour la création d'un biporteur qu'ils souhaitaient rapide, robuste, fiable et capable de transporter facilement des enfants ou des marchandises. En plus d’être fonctionnel, il devait également être élégant.

Pour concevoir «leur bébé», Hans et Lars se sont grandement inspirés du Long John « qui représentait une merveilleuse base de travail notamment pour son système de direction » se souvient Hans. Ils ont développé ce concept en intégrant la plateforme dans un cadre en aluminium et en dotant le vélo d’un équipement moderne. Ils baptisent leur biporteur « Bullitt » car ce nom, facile à prononcer, proche de bullet (balle de revolver en anglais) était déjà le surnom de Hans en référence au classique du cinéma du même nom réalisé par Peter Yates, sorti en 1968, dont Steve Mc Quenn est le personnage principal. Le logo Bullitt s'inspire d'ailleurs de celui du film.

Hans "Bullitt" Fogh sur l'un de ses Bullitt.
Pour commercialiser le Bullitt, ils créent, en 2008, leur société Larry vs Harry (Lars contre Hans, pour les personnes ne pratiquant pas la langue de Shakespeare) et ont choisi un logo avec deux boxeurs en garde, l'un représentant Lars et l'autre Hans. «C'est comme cela que l'on discute, même si l'on commence à se faire un peu plus vieux» affirme en rigolant Hans.

Les cadres du Bullitt, proposés en huit couleurs et une version brute, sont fabriqués à Taiwan. Ils sont ensuite livrés dans l'atelier de Larry vs Harry à Copenhague où ils sont assemblés selon la configuration souhaitée par le client en fonction des composants et accessoires proposés par la marque. Ils sont ensuite réexpédiés dans le monde entier ou pour les clients locaux dans le magasin de Copenhague situé le long d'une des pistes cyclables les plus fréquentées de la ville.




Denis, l'un des employés de Larry vs Harry en train de réviser un Bullitt.
Depuis le lancement du premier modèle en 2008, le Bullitt a évolué et le cadre qui représente le corps du vélo, est aujourd'hui à sa version 9 (soit quasiment une par an). Ces évolutions sont principalement techniques et invisibles pour les cyclistes néophytes. Elles proviennent de la pratique des clients et des deux gérants «lorsque cela est possible et que cela peut profiter à une grande majorité de gens, nous prenons en compte l'avis de nos clients car nous souhaitons produire un vélo de haute qualité. Ces retours nous ont permis d’améliorer le Bullitt, tout en trouvant un compromis pour garantir un prix compétitif ». 
 
La principale évolution du Bullitt a été le lancement en 2015 d'une version équipée d'une assistance électrique. De nombreux modèles classiques circulaient déjà avec une assistance composée d'un kit BionX, installé par le client. « Cependant, nous n’étions pas très contents de la qualité de ce kit et de ses performances. Nous avons cherché et testé de nombreux autres équipements d'assistance en vain ». Ils ont donc attendu qu'une solution de qualité existe pour commercialiser une version à assistance électrique tout simplement baptisée E-Bullitt. Quand Shimano a présenté son système Steps, les deux boxeurs ont su que c'était ce qu'ils recherchaient pour équiper le Bullitt. « La qualité du système et son intégration étaient remarquables et Shimano est un équipementier présent à travers le monde, comme nos vélos… ».

Le marché principal de Larry vs Harry, qui compte aujourd’hui 8 employés, est l'Europe et notamment l'Allemagne. Pour les accessoires et précisément ceux concernant les enfants, une majorité des ventes sont réalisées au Danemark. L’entreprise vend chaque année un peu plus de Bullitt. «Larry vs Harry est une entreprise en bonne santé. Nous avons encore de belles marges de progression car le marché n'a pas encore explosé». Hans voit la concurrence comme une chance pour développer le vélo cargo, " tant que cela tend vers le développement de vélos de qualité et que ce n'est pas juste une simple copie d'un Bullitt". Les autres marques permettent également de montrer qu'il existe différents modèles de vélos cargo et qu'ils peuvent aisément remplacer les voitures pour de nombreuses utilisations. Elles nous permettent donc également d'augmenter nos ventes », explique Hans.

De nombreux Bullitt circulent à Copenhague et dans le monde entier et une véritable communauté de passionnés, appelée The Bulliteer, s’est créé autour de ce biporteur et un groupe Facebook met en relation les propriétaires de Bullitt à travers le monde. « J’aime voir la personnalisation des modèles et les différents usages qui en sont fait. Ils confirment que ce vélo est adapté à toutes sortes de transport». En complément, un documentaire « The Bullitt’s Burden », présenté en avant-première au Bicycle Film Festival de New York en Juin 2017, présente le mode de vie sans voiture que l’on peut développer grâce au Bullitt

 




Aujourd'hui des Bulliteer partent faire le tour du monde, d'autres établissent des records de vitesse ou d'endurance sur des vélodromes et de grandes compagnies de logistiques utilisent ce biporteur pour effectuer leurs livraisons écologiquement. Hans est très fier de ce développement. Il souhaite continuer à établir de nouveaux records « pour le fun mais aussi parce que cela démontre les capacités du Bullitt! C’est un vélo rapide, élégant et simple d’usage qui permet de lutter efficacement contre la congestion et la pollution des villes ».

En moins de dix ans, le Bullitt est devenu un vélo culte qui a révolutionné la mobilité. L’objectif initial de Larry vs Harry était de créer un vélo qui puisse remplacer la quasi-totalité des fonctions de l’automobile. Il est largement atteint à Copenhague et en passe de l'être dans de nombreuses autres villes dans le monde entier...



* Hans s'est depuis séparé de son Long John. Il l’a offert à un ami, chef restaurateur à New York qui le conduit et l'utilise de temps en temps pour des livraisons « Il est de cette façon toujours vivant et en circulation à l'autre bout du monde» explique Hans avec une pointe de nostalgie

21 sept. 2017

Svajerlob, la course de vélos cargo qui célèbre le «Roi et la Reine de Copenhague ! »



La première course de vélos cargo à Copenhague a eu lieu en 1942. Elle a été organisée par un prêtre qui avait décidé d'honorer les nombreux livreurs à vélo de la capitale danoise. Ils étaient surnommés «Svajer» (balancement en danois) en raison du mouvement qu'ils faisaient avec leurs vélos lorsqu'ils étaient lourdement chargés. La course s’est ainsi appelée Svajerlob (lob signifie course en danois) et est devenue progressivement très populaire. De nombreux spectateurs venaient assister à cette épreuve qui couronnait «le Roi de Copenhague» qui était le livreur le plus rapide dans les rues de la capitale danoise. Le transport par vélo étant progressivement remplacé par les véhicules motorisés, le dernier Svajerlob s'est disputé en 1960.

C’était sans compter sur une poignée de passionnés dont Hans «Bullitt» Fogh, l'un des deux gérants de la marque Larry vs Harry qui commercialise le Bullitt, le biporteur le plus courant dans les rues de Copenhague. C'est en 2008, que Hans découvre dans un musée une vieille affiche du Svajerlob. Des recherches lui permettront de découvrir l'histoire ainsi que des photos de cet événement oublié. Il décide alors avec quelques amis de faire renaître cet événement afin de montrer que le vélo cargo est de retour en ville ! Le premier Svajerlob de « l’ère moderne » a été organisé en 2009. Il se déroule depuis 2010 au sein du site historique de la brasserie Carlsberg, situé à quelques minutes à vélo du centre de Copenhague dans le quartier de Vesterbro.


La coutume veut que l’événement commence par remercier le «Svajer of the year», une personne qui a activement œuvré pour le développement des vélos cargo ou plus généralement du vélo. Cette année s’est Morten Kabell, élu en charge de la mobilité et de l’environnement de la ville de Copenhague, depuis 2014 et pour quelques mois encore*, qui s’est vu remettre ce titre. Les organisateurs ont ainsi voulu le remercier d'avoir dédié une grande partie de son mandat à l'aménagement de nouvelles infrastructures cyclables et d'avoir œuvré pour que Copenhague investisse plus de 52 millions d'euros pour le développement du vélo entre 2014 et 2016.


Ils ont également salué son engagement permanent qui, même dans la capitale mondiale du vélo, a rencontré de nombreuses oppositions de la part des automobilistes. En guise de cadeau, l'élu s'est vu remettre un livre intitulé « The ABCycling, a guide in how to bicycle in Beirut ». Ce cadeau avait pour but de lui montrer un exemple radicalement opposé de ce qui a été réalisé depuis plusieurs décennies à Copenhague et de lui rappeler que les infrastructures cyclables ne doivent pas être prises pour acquises définitivement.

Après cet hommage et de chaleureux applaudissements du public, le Svajerlob 2017 a débuté dans des conditions climatiques parfaites. Son principe est très simple. Pour les hommes et femmes qui concourent en biporteurs, dont certains en «single speed», des séries de 5 à 6 participants ont lieu en début d'après-midi. Les deux premiers de chaque série sont qualifiés pour les demi-finales. Les trois premiers de chaque demi-finale s'affrontent ensuite en finale. Pour les autres catégories où les «Svajer» sont moins nombreux (triporteurs et vélos cargo vintage de type Short John ou Long John), le classement était réalisé sur une course.

La course se déroulait sur 4 tours d'un circuit de 400 m qui comprenait quelques virages dont deux épingles ainsi qu'une montée et une descente. A la fin du premier tour, les participants devaient obligatoirement passer par « l'aire de chargement » pour embarquer deux pneus de voitures, un sac de sable pesant une vingtaine de kilos, ainsi qu'un cube de polystyrène d'une trentaine de centimètres de côté. Ils devaient effectuer les trois derniers tours avec ce chargement sans perdre un élément.





 
Départ de la course des Short John.
 


Départ de la course des triporteurs


Cette année, deux strasbourgeois se présentaient sur la ligne de départ. Brice Scheibling, gérant d'Esprit Cycles, principal revendeur de vélos cargo strasbourgeois et le rédacteur de ces lignes. Brice concourait dans la catégorie des biporteurs sur un Douze Cycles. Il s'est classé troisième d'une série au niveau très relevé. En effet, de nombreux coursiers professionnels danois participent au Svajerlob qui représente pour eux une sorte de championnat national. De mon côté, j'ai pris part à la course vintage au guidon de mon triporteur Christiania Bikes qui effectuait une sorte de pèlerinage dans la ville où il a été construit et où des milliers de ses semblables circulent quotidiennement. J'ai fini troisième en affrontant des adversaires qui évoluaient sur des Long John, plus vieux, mais moins lourds que mon trois roues.

Départ de la série de Brice.
 
 


Départ de la course Long John et Vintage



Si l'ambiance est conviviale et décontractée, elle change radicalement lorsque l'on se retrouve sur la ligne de départ. L'engagement durant les courses est total et «ça envoie du gros» sur le circuit. Quelques participants sont d'ailleurs partis à la faute sur le parcours gratifiant les spectateurs de quelques chutes spectaculaires, heureusement sans gravité.



 L'après-midi s'est terminé par les finales femmes, hommes et du relais. Cette dernière voit s'affronter des équipes mixtes roulant sur le même vélo que ce soit un biporteur ou un triporteur. Le premier pilote part pour un tour « à vide ». A l'issu de son tour, il laisse le guidon à un coéquipier pendant que les deux autres déposent les mêmes charges que pour les courses individuelles dans le vélo de son équipe. Les trois derniers tours sont réalisés avec le lest par les autres relayeurs. Les passages de relais sont très engagés car les pilotes pédalant à fond, freinent, ou plutôt, dérapent au dernier moment pour donner le vélo à leurs successeurs. Après s'être rapidement mis en selle, le nouveau relayeur est poussé par les membres de son équipe afin de lui donner de la vitesse.

Départ de la finale homme.
Départ de la finale femmes.
 

Lutte pour la seconde place avec le sourire !


 

L’événement prend une dimension européenne depuis quelques années avec des participants venant de tout le Danemark, de la Suède voisine, de nombreux allemands mais aussi quelques hollandais, belges et anglais. Les danois apprécient beaucoup que des étrangers viennent participer et partager cette fête du vélo cargo. Cette année encore, ils ont remporté les courses de biporteurs hommes et femmes ainsi que le relais sur des Bullitts et conservent ainsi le titre de «Roi et Reine de Copenhague». Après les podiums, célébrés comme il se doit par des gerbes de bières, et une photo souvenir immortalisant tous les participants et quelques démonstrations acrobatiques de ce que l'on peut faire avec un vélo cargo, les barrières du circuit ont été facilement et rapidement rangées avec l'aide des nombreux cargos présents.

Podium sacrant le Roi de Copenhague 2017.
Podium sacrant la Reine de Copenhague 2017.
Podium du relais.
Wow, wheeling avec un Bullitt !
3 "Svajers" sur la plateforme d'un Omnium... Peut être une nouvelle idée de relais pour l'édition 2018 ?
La fête s'est ensuite prolongée jusqu'en milieu de soirée autour de quelques bières, danoises bien sûr, à quelques pas du circuit. Cette verrée a été l'occasion de refaire les courses, de discuter technique, usage et développement des vélos cargo et de se donner rendez-vous l'année prochaine pour une revanche !


* Il rejoindra à partir de janvier 2018, la société Copenhagenize, spécialisée dans le développement du vélo.

13 sept. 2017

Le Sticker, nouvel accessoire pour cyclistes, made in Strasbourg !

Le développement important du vélo ses dernières années en France s’accompagne de la création d’accessoires ayant pour objectif de rendre son utilisation plus pratique et/ou chic. C’est dans cette tendance que s’inscrivent le porte parapluie Popins, le Poupoupidou, la Jart’elle ou le Pantastic. Le premier est originaire de Bordeaux, le second de Nantes et les deux derniers de Strasbourg. L’imagination et la volonté de personnalisation des cyclistes strasbourgeois est encore à l’honneur puisqu’un nouvel accessoire, made in Strasbourg, arrive sur le marché. Il s’agit du Sticker, une bande de cuir qui se colle sur une partie d’un cadre de vélo.

Le Sticker a été mis au point par Rodrigo, Grégoire et Jèsus, trois cyclistes strasbourgeois. Âgés de 25 à 31 ans, ils sont respectivement styliste designer, gérant de bar et graphiste vidéaste. Ils ont été initié au vélo par leurs parents et roulent sur des modèles qui correspondent à leur personnalité. «L'idée de créer une bande en cuir autocollante nous est apparue, il y a un peu plus d’un an, après avoir entièrement recouvert de cuir le vélo de Greg. Nous avons alors commencé à développer le projet en parallèle à nos emplois. Nous l’avons vu évoluer au fur et à mesure de nos nombreux essais, tests, recherches, notamment au Fablab du Shadok à Strasbourg», explique le trio qui a lancé la marque YoLand pour commercialiser leur création. 


Le Sticker donne une nouvelle peau aux vélos. Il se veut pratique, esthétique et économique et s’adresse aux amoureux du vélo qui souhaitent protéger, décorer et personnaliser leurs montures. Cette bande de cuir autocollante absorbe les chocs et protège le cadre des rayures. Le Sticker est simple à appliquer et adaptable à n’importe quel cadre de vélo. Il se marie parfaitement bien avec les éléments en cuir que l’on peut déjà retrouver sur les vélos (selles, poignées, sacoches…) et n’abîme pas la peinture si l’on veut le retirer. «Le cuir est une matière première, à l’aspect authentique, animalier, robuste et résiste à l’eau. Il vit avec le vélo et se tanne au gré des pluies». Plusieurs coloris de cuir naturel, acheminé du centre de la France puis transformé dans un atelier à Strasbourg, seront disponibles.  


 

 
 

L'investissement financier étant assez lourd pour se procurer du cuir de qualité, les créateurs du Sticker ont investi toutes leurs économies et leur temps libre dans la réalisation des premiers exemplaires. Le pack de trois bandes de longueurs différentes coutera 45 €. La bande unique sera proposée à 18 €. Afin de lancer la marque et le Sticker, les trois cyclo-tanneurs ont débuté hier un projet de crowdfunding. Ils comptent, avec l’argent récolté, investir dans la production (achat d’un stock de cuir et de moules de découpe), la communication (développement du site internet, publicité sur les réseaux sociaux, participation à des évènements…) et le développement pour de futures versions du Sticker ou d’autres accessoires.


«Nous avons déjà réfléchi à de possibles évolutions du produit avec d’autres formes ou des collaborations artistiques», annoncent les concepteurs du Sticker avant de poursuivre, «nous avons également quelques autres idées d’accessoires pour cyclistes…». Avec de telles perspectives de développement, la petite communauté de Yolanders qui a commencé à se constituer cet été dans les rues de Strasbourg devraient rapidement se déployer partout où le vélo représente un mode de vi(ll)e…