30 mai 2017

Imaginons une France cyclable !



Comme le démontrent les photos présentées dans cet article, les élu(e)s se déplaçant à vélo ne sont pas rares à Strasbourg (et il en manque quelques uns comme Mathieu Cahn, Pernelle Richardot, Paul Meyer, Laurence Vaton ou Jean-Philippe Vetter...), mais semblent l'être beaucoup moins dans d'autres villes ou territoires français. 

Jean-Baptiste Gernet (PS), conseiller Eurométropolitain en charge des modes actifs et des nouvelles pratiques de déplacement.
Alexandre Feltz (Société civile), Adjoint au Maire de Strasbourg en charge de la santé publique et environnementale.
Abdelkarim Ramdane (EELV), conseiller municipal, en charge de la lutte contre les discriminations dans le cadre de l’insertion sociale et professionnelle.
Alain Jund (EELV), adjoint au Maire en charge de la transition énergétique et économie d’énergie et du PLU intercommunal pour Strasbourg.
Eric Schultz (EELV), adjoint au Maire de Strasbourg en charge de l'Etat civil et de la mission des temps.
Fabienne Keller (LR), conseillère municipale, ancienne Maire (2002/2008), Sénatrice du Bas-Rhin.
Marie-Dominique Dreyssé (EELV), adjointe au Maire de Strasbourg en charge des solidarités.
Alain Fontanel (PS), Premier adjoint au Maire.
Syamak Agha Babaei (PS), conseiller municipal.
Pour tenter d’inverser cette tendance, la FUB qui regroupe plus de 200 associations cyclistes françaises totalisant plus de 31 500 membres, a envoyé durant la dernière campagne des élections présidentielles, un questionnaire aux onze candidats. Ce document, leur demandait leurs pratiques du vélo ainsi que les engagements qu’ils prendraient pour son développement s’ils étaient élus. Sept candidats ont répondu et certains ont rajouté des commentaires libres en rapport ou non avec la thématique.

Dans ses réponses, on apprend notamment, que la pratique du vélo du nouveau Président de la République, Emmanuel Macron, est tournée vers le loisir mais qu’il « est convaincu que le vélo est un moyen de déplacement qui peut se développer en ville comme à la campagne, dans la mesure où un certain nombre d'aménagements sont réalisés pour le favoriser. C'est bénéfique pour la collectivité, notamment d'un point de vue écologique mais aussi pour chacune et chacun pour réduire ses coûts de déplacements et être en bonne santé notamment ». Il y affirme également qu’il s’engagera durant son quinquennat à mettre en place un fonds national qui permettra de développer le vélo.

Durant la campagne des élections législatives qui se dérouleront les 11 et 18 Juin, la FUB continue son travail de sensibilisation au vélo des candidats. Pour cela, la fédération interpelle directement les candidats dans une lettre présentant son action spécifique pour ces élections et un questionnaire à destination descandidats. En complément, elle a édité un supplément de 16 pages à son magazine Velocité, intitulé « Parlons vélo ! Imaginons une Francecyclable ». Dans ce numéro hors série, disponible gratuitement ici, nous apprenons que « la France pointe à la 20ème place sur 28 pays européens pour l'usage du vélo au quotidien juste devant la Bulgarie et le Royaume Uni » et que l'Hexagone « fait partie de la moitié des pays européens qui n'ont pas de stratégie nationale pour le développement du vélo ».


Forte de ce constat et dans la lignée du livre blanc pour une stratégie cycliste européenne*, la FUB interroge à travers cette publication, le rôle de l’État dans la promotion du vélo comme mode de déplacement quotidien. Elle propose ainsi trois axes d'actions qui s'articulent autour dix revendications élaborées en partenariat avec tous les acteurs du vélo français.

La FUB demande tout d'abord des moyens financiers pour le vélo. Elle propose de consacrer 100 millions d'euros à « cyclabiliser » 10 territoires de référence choisi dans le cadre d'un appel à projets.  Ce budget serait alimenté par une contribution prélevée sur la publicité automobile. Il permettrait d'aider les collectivités locales qui font des efforts pour établir un réseau cyclable cohérent et structuré et de poursuivre le schéma national des véloroutes et voies vertes. En plus des moyens financiers, la FUB attend également des moyens humains avec la création d'une délégation interministérielle à l'usage de la marche et du vélo et d'un réseau de Maisons du vélo regroupant tous les moyens de s'informer et de se former à la pratique des modes actifs.

La Fédération milite également pour créer une culture vélo dès le plus jeune âge. Elle considère l'apprentissage de la mobilité à vélo dans les écoles comme la véritable révolution dans la sécurité des déplacements à vélo. En complément, elle suggère de généraliser la vitesse maximale de 30 km/h en ville, d'agir sur la visibilité des cyclistes ainsi que l'éclairage des vélos et pose comme objectif de diminuer par deux le nombre de cyclistes tués ou gravement blessés.

Le dernier axe de progrès détaillé par la FUB propose d’inciter la pratique du vélo par une fiscalité adaptée. Pour cela, elle souhaite une revalorisation de l'indemnité kilométrique vélo (au moins au niveau des transports en commun), qu'elle soit intégrée au barème fiscal, qu'elle s'adresse à tous les actifs et enfin qu'elle soit obligatoire pour les employeurs. La FUB propose également l’obligation d'établir des plans de mobilités d'établissements intégrant une meilleure prise en compte du stationnement vélo et d’accélérer la création de locaux vélos sécurisés. Elle conclut ce chapitre en proposant une aide financière aux entreprises innovantes dans le domaine du vélo et aux ateliers d'autoréparation.

En parallèle, la FUB a lancé une recherche de financement afin de l’aider à déployer la campagne sur tout le territoire français. Les fonds collectés permettront d’interroger un maximum de candidates et candidats sur les propositions vélo et de communiquer leurs réponses aux électrices et électeurs. Début Juin, une nouvelle version du site permettra de faire une recherche pour comparer les réponses des différents candidats, circonscription par circonscription.

L’ensemble des propositions de la FUB est ambitieux mais réaliste. Il a pour objectif de sensibiliser les candidats et futurs députés au vélo. Ce mode de déplacement ne doit plus être le parent pauvre de la politique de mobilité de l’Etat. Il est urgent, pour que la France cyclable ne reste pas un imaginaire, mais devienne une réalité, que l’Etat s'engage dans le développement volontariste du vélo. Il le fait depuis de nombreuses années pour les transports en commun qui sont également de la compétence des collectivités locales. Alors, la République va-t-elle (enfin) se mettre à vélo ?



* Ce livre qui définit des objectifs et recommande des actions de la compétence de l'Union Européenne, sera publié par l'ECF (European Cyclists Federation), dont la FUB est membre, à l'occasion de la conférence mondiale Vélocity 2017, qui se tiendra en juin en Hollande. Il sera ensuite soumis à l’Union Européenne en guise d'inspiration pour ses actions futures.

21 mai 2017

Vel.Art' expose le vélo dans tout son art !

L’événement de Vendredi soir à Strasbourg, ce n'était pas le match de football du Racing qui a permis la remontée du club alsacien en ligue 1, mais le vernissage de l'exposition Vél-Art' ! L'idée de cette exposition a germé début 2017, suite à la rencontre entre Véronique Bertrand, créatrice des Filles à vélo, les dirigeants de l'association d'insertion Libre Objet et Stéphanie de Re-cycle-on. Ensemble, ils ont souhaité créer un événement autour du vélo, permettant de présenter la diversité de l'art et de l'artisanat de quelques amoureux du vélo strasbourgeois.



Outre les nombreuses Jart'elles des Filles à vélo et les panta'stics des gars à vélo, les visiteurs peuvent également découvrir les créations de Mina Letham. Cette artiste utilise la technique du « finger painting » depuis une quinzaine d'années pour composer ses toiles et ses créations auxquelles elle intègre parfois des objets de vélos récupérés.


Stéphanie de Re-cycl-on expose une partie de ses productions (ceintures, porte clés, lampes, horloges...) réalisées à partir d'éléments de récupération, notamment des pneus et chaînes de vélos, trop usés pour continuer à être utilisés sans danger. 


Jonathan Sarago, photographe s’intéressant à la pratique du pignon fixe, expose une dizaine de photos de sa série « Fixed Gear » qui permettent de mieux connaître ou découvrir l'univers du pignon fixe à Paris et Strasbourg.


Enfin, Lionel Finck, qui a ouvert au début de l'année son atelier de restauration de vélo « Stras et Clavettes », expose l'une de ses premières réalisations, un magnifique pignon fixe d'inspiration néo rétro. A coté de ce vélo, un cadre dont des parties sont serties de quelques pièces de dentelle de Calais vous prouvera que le vélo peut être facilement glamour...



En complément vous pourrez également découvrir le Vélorex, banc qui reprend une esthétique industrielle grâce à son armature réalisée en cadre de vélo et différentes productions réalisées par les personnes en contrat aidé suivies par Libre Objet. Ces dernières, réalisent en petite série, des objets conçus par des artistes et fabriqués sur place grâce à l'aide d'un encadrant. Pour l'occasion, différents objets en rapport avec le vélo sont exposés comme un jeu d'échec, la lampe Lumici crée par Geoffrey Weibel, ancien Président de Bretz'selle ou des sacoches à vélo réalisées à partir d'anciennes affiches publicitaires.

Cette première édition de Vel-Art' qui se déroule jusqu’au mercredi 24 Mai dans les locaux de l'association Libre Objet à Koenigshoffen, propose une approche originale du vélo. Elle est représentative de la diversité et de la richesse de la culture vélo à Strasbourg. Il vous reste quelques jours pour découvrir ou redécouvrir que le vélo est un véritable art de vivre...

Vel.Art'
Ateliers Libre Objet
91 route des Romains
67000 Strasbourg



16 mai 2017

Strasbourg continue à innover pour le vélo en inaugurant la première vélorue de France !



Cédez le passage cyclistes aux carrefours, sas cyclables sans couloir d’approches, amendes adaptées, signalisation lumineuse mixte piétons/cyclistes, espaces mixtes, décompteurpiéton, la ville de Strasbourg est, depuis longtemps, un véritable laboratoire pour l’évolution de la réglementation pour les cyclistes et les piétons. Ces expérimentations permettent de tester sur l’espace public ses mesures et de juger de leur efficacité. Certaines aux effets largement positifs ont ensuite étaient retranscrites dans le code de la route afin de pouvoir être déployées à l’échelle nationale. Elles sont réalisées dans le cadre d’un partenariat avec la DSR (Délégation à la Sécurité Routière) et le CEREMA (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement). Ces deux services de l’Etat, assurent avec ceux de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg, un suivi et une analyse spécifique de ses projets. 

C’est dans ce contexte que vendredi dernier, la capitale française du vélo, a inauguré une nouvelle expérimentation, la vélorue.  Ce nouvel aménagement, en vigueur depuis de nombreuses années en Allemagne (Fahrardstrasse), en Hollande et en Belgique (Fietsstraat) est une mesure du PAMA (Plan d’action pour les mobilités actives) publié début 2014 et qui parmi 6 différents axes proposait de « partager l’espace public et de sécuriser les modes actifs ».  La vélorue permet aux cyclistes de circuler au milieu d’une voie de circulation automobile et donne la priorité à ses derniers sur les automobilistes qui n’ont pas le droit de les doubler. 


 

Pour cela, il a fallu modifier par décret l’article R 412-9 du code de la route qui stipulait qu’« en marche normale, tout conducteur doit maintenir son véhicule près du bord droit de la chaussée, autant que le lui permet l'état ou le profil de celle-ci ». Un nouvel alinéa a été ajouté à cet article. Il précise qu’«un conducteur de cycle peut s'éloigner du bord droit de la chaussée lorsqu'une trajectoire matérialisée pour les cycles, signalisée en application des dispositions de l'article R. 411-25, le permet ». Ainsi les vélorues arborent une signalisation au sol spécifique composée du pictogramme vélo placé au centre de la voie de circulation, surplombé de chevrons qui indiquent le sens de circulation.


Strasbourg a choisi de mettre en service sa première vélorue sur les 300 mètres de la rue de la Division Leclerc jusqu’au pont St Nicolas. L’expérimentation a pour objectif d’inciter les cyclistes sortant du centre-ville et descendant cet axe à emprunter la chaussée et donc à éviter l’un des fameux espaces mixtes pour lesquels la ville a été condamnée en janvier 2013. Le but est ainsi d’apaiser les relations entre les piétons et les cyclistes. Dans l’autre sens de circulation, la situation reste inchangée pour les cyclistes.   

Afin de tester le dispositif dans d’autres configurations, fin Juin, deux autres vélorues seront aménagées. La seconde sera matérialisée sur le quai Brulig, zone 30 de l’itinéraire Vélostras qui part du centre-ville vers l’ouest, et rejoint le canal de la Bruche. La circulation automobile étant à double sens, les deux voies seront séparées par une ligne blanche et les chevrons et logos seront matérialisés au centre de chacune d’entre elle. Elle aura pour but de renforcer la présence des cyclistes sur ce tronçon, le reste de l’itinéraire étant intégralement aménagé en piste cyclable ou voie verte.  La troisième vélorue se localisera sur la Rue du Faubourg de Saverne dans le sens de circulation vers le centre-ville. Elle aura pour objectif d’inciter les cyclistes à rester sur la chaussée afin de diminuer les conflits avec les piétons. La piste cyclable tracée sur le trottoir étant souvent fréquentée par les piétons du fait de leurs flux importants.

Le lancement de cette première en France a été accompagné d’une campagne de communication avec de nombreux panneaux présentant le principe de la vélorue, implantés tout au long de son cheminement. En complément, deux vélos cargo proposaient sur le site, un clip qui expliquait le fonctionnement de la vélorue. D’autres modèles, biporteurs ou triporteurs étaient disponibles pour tester ce nouvel aménagement. 




Cette expérimentation fera l’objet d’une prochaine analyse par les services de l’Etat et de l’Eurométropole afin de pouvoir juger de son intérêt avant d’être développée, si les résultats sont positifs, sur d’autres sites strasbourgeois et français. Après les véloroutes, les vélorues parviendront-elles à s'imposer en France ?

11 mai 2017

Entre Strasbourg et Kehl, les transports alternatifs à l’automobile effacent la frontière franco-allemande.



L’Eurométropole de Strasbourg a inauguré fin Avril l’extension de la ligne D de son réseau de tramway. D’une longueur de 2,7 kilomètres, elle relie l’ancien terminus Aristide Briand situé à Neudorf à la ville allemande de Kehl peuplée de près de 35 000 habitants via le quartier du Port du Rhin. Cette extension marque une importante étape dans le développement du réseau de tramway de l’agglomération. Transfrontalière et ayant nécessité deux nouveaux ponts dédiés au tramway et aux modes actifs dont un sur le Rhin, ce prolongement d’un montant de 108 millions d’Euros (montant global du projet jusqu’au centre-ville de Kehl), dessert plusieurs secteurs en pleine mutation urbaine et dont l’organisation et les espaces publics seront complétement recomposés autour de cet axe. 

Vue du pont du Rhin et de Kehl, prise du côté français. Lithographie d'Henri Muller vers 1840. Source : Strasbourg, cent quarante gravures et dessins anciens, Paul Ahne, Ville de Strasbourg, 1971.
Vue de synthèse de l'extension de la ligne D et des urbanisations planifiées dans le secteurs. Source : Eurométropole de Strasbourg
Ce nouveau tronçon de la ligne D est accompagné comme toutes les lignes de tramway strasbourgeoises d’un aménagement cyclable de grande qualité qui représente la branche du réseau Vélostras vers Kehl. En partant d’Aristide Briand, la piste cyclable bidirectionnelle se dirige vers le nouveau pont qui traverse le bassin Vauban. D’une longueur de 160 m, sans pile intermédiaire et d’un cout de 10 millions d’euros, cet ouvrage d’art est constitué d'un arc métallique qui culmine à 40 mètres au-dessus du bassin. Il enjambe et supporte grâce à des haubans un tablier courbe qui se compose d’un trottoir, des deux voies de circulation du tram et d’une voie verte d’une largeur de 4 m.








Image de synthèse du bassin Dusuzeau à long terme. Source: Eurométropole de Strasbourg
Après avoir franchi la route du Petit-Rhin, l’itinéraire cyclable continue à suivre la ligne de tramway. Il prend la direction du quartier du port du Rhin à travers d’anciennes zones industrielles en friche ou en transition qui deviendront à moyen/long terme des logements ou des bureaux. Il passe ensuite sous les voies ferroviaires du port et de la ligne Strasbourg/Kehl et tangente la route du Rhin. Puis, il traverse le quartier du port du Rhin, à partir duquel vous pouvez apercevoir les arches de l’ouvrage d’art majeur de l’itinéraire qui permet de franchir le Rhin, ancienne frontière entre la France et l’Allemagne. 





La transformation du pont routier de l'Europe ayant été estimée trop onéreuse et permettant de faire circuler le tramway que sur une voie unique, il a été décidé de réaliser un nouveau pont sur le Rhin. Il mesure 275 m de long et a nécessité la construction d’une nouvelle pile au milieu du Rhin. Ce pont, d’un montant de 24,3 millions d’Euros, se compose de deux doubles arcs à haubans d’une hauteur de 20 mètres. Ils séparent les espaces de circulations dédiés au tramway et aux modes actifs qui se partagent une généreuse voie verte. Le pont, baptisé Beatus Rhénanus en hommage à ce grand humaniste alsacien du XVIème siècle, débouche directement sur la gare de Kehl, et permet de se connecter au réseau cyclable local. Le tramway y effectue provisoirement son terminus, avant de poursuivre en 2018 son trajet sur deux stations vers le centre-ville de la cité allemande. 


Traverser la frontière franco-allemande à vélo est un jeu d'enfant à Strasbourg !




Il était déjà possible de circuler entre Strasbourg et Kehl à vélo dans de bonnes conditions grâce à la passerelle des deux rives inaugurée en 2004. Plus direct, déconnecté du réseau viaire et faisant découvrir de nouveaux secteurs de la ville, ce nouvel aménagement, dont les connexions avec le réseau cyclable seront encore améliorées dans les années à venir (prolongement de la voie verte du quai du bassin Dusuzeau, passerelle vers la Citadelle…), est déjà emprunté par de nombreux cyclistes et piétons. Au-delà, de la symbolique géopolitique, il représente certainement l’un de plus beaux itinéraires cyclables de l’agglomération strasbourgeoise.