15 mars 2017

Après la Jart'elle, "Les filles à vélo" lancent le pantastic !

Lancée il y a un peu plus d'un an, la marque « Les filles à vélo » s'est fait rapidement connaître grâce à la jart'elle. Cette petite bande de tissu élastique qui se fixe sur la cuisse, astucieusement équipée d'une pince, a pour objectif de permettre aux femmes de pédaler en jupe sans que celle ci ne dévoile leurs dessous. Depuis peu, Véronique Bertrand, créatrice de la jart'elle, propose un nouvel accessoire, le pantastic qui s’intéresse cette fois également aux hommes. Pour l'occasion, elle a lancé la marque « Les gars à vélo ». Cette double actualité représentait une bonne opportunité pour rencontrer Véronique et en savoir un peu plus sur ses créations qui permettent aux cyclistes de pédaler sans problèmes avec élégance dans leurs habits de tous les jours....




I Bike Strasbourg : Bonjour Véronique, qui es-tu et que fais-tu dans la vie?



Véronique Bertrand : Ce que je fais dans la vie, c’est essayer de lui donner du sens et d’être en paix avec moi-même. Le reste importe finalement peu.



IBS : Pourquoi as-tu choisi le vélo pour te déplacer? As-tu des affinités particulières avec ce mode de transport ?



VB : Le vélo permet de concilier une activité physique régulière avec les trajets de la vie. Quand on a un travail statique et un emploi du temps chargé, c’est idéal. Se déplacer à vélo présente de nombreux autres avantages: rapidité des déplacements, respect de l’environnement, accès optimal à n’importe quel point en centre-ville, économies, maintien en bonne santé. Aucun autre mode de transport ne peut rivaliser avec le vélo sur les trajets en ville.



IBS : Comment t’es venue l'idée de créer des accessoires pour les cyclistes?



VB : L’idée initiale a germé parce que je ne trouvais pas d’accessoires sur le marché pour empêcher ma jupe de s’envoler. Petit à petit, j’ai commencé à travailler concrètement à une solution lorsque j’avais un peu de temps. C’était en 2014 et 2015. A cette époque, j’ai constaté l’absence à peu près totale d’accessoires à la fois pratiques et jolis sur le marché et cela a impulsé de nouvelles idées.



IBS : Pourquoi avoir lancé la marque "Les filles à vélo"?



VB : Pendant les années où je travaillais à ce qui est devenu la jart’elle, j’ai beaucoup observé le milieu du vélo et j’ai constaté qu’il était majoritairement masculin et très axé sur la technique et la performance. Je n’ai pas d’affinités avec ce monde de geeks. Je ne suis pas non plus une fashion victime, mais je me promène plus volontiers dans une jolie robe que dans un sac à patates. Ces deux faits établis, je me suis dit que de créer un trait d’union, une interface entre les deux mondes pouvait être intéressant. Forte d’une formation, un peu ancienne mais pas tout à fait oubliée, en gestion d’entreprise, j’ai décidé de créer "Les filles à vélo".



IBS : Peux-tu nous raconter l’histoire de la jart'elle?



VB : L’idée initiale est née il y a plus de 15 ans d’un besoin personnel. Comme je me déplaçais beaucoup à vélo et souvent en robe ou en jupe, j’étais réellement embêtée par le fait que parfois elle s'envolait. Deux de mes jupes se sont prises entre la jante et le frein de ma roue arrière. Il a suffi d’un coup de frein pour qu’elles soient bonnes pour la poubelle. La seconde fois a été décisive. C’était en 2014 et il n’y avait aucune solution satisfaisante sur le marché. Je me suis donc attelée à la tâche, avec d’emblée l’idée d’une bande de tissu qu’on attacherait à la cuisse. Il a fallu quand même plus d’un an pour que je finisse par mettre au point la jart’elle.







IBS : La jart’elle a fait l’objet de nombreux articles de presse locaux ou nationaux. Tu as même intégré le top 20 des personnalités alsacienne de 2016. T’attendais-tu à un tel engouement?



VB : Non, pas du tout. Bien que professionnelle de la communication, je n’avais pas préparé de campagne de communication pour le lancement. Je pensais faire simplement une petite expérimentation à Strasbourg, dans les deux boutiques qui m’ont accueillie : CityZenBike et Rustine & Burette. Mais il y a eu un tweet sur Europtimist.eu le jour du lancement des Filles à vélo en février 2016, suite à une rencontre fortuite avec une personne fort sympathique quelques jours avant. J’ai immédiatement été contactée par les médias locaux. J’étais un peu affolée et en même temps très fière. Et l’année s’est terminée par cet article incroyable de 20 Minutes où je figure auprès du Prix Nobel de chimie ! Ce qui est rigolo, c’est que nous avons un vrai point commun : la couture. Lui coud des molécules et moi des jart’elles !



IBS : Penses-tu que les femmes soient plus réticentes à se déplacer à vélo? Si oui pourquoi?



VB : Oui, je sais qu’il y a plus de réticence de la part des femmes et ça ne tient pas seulement au manque d’accessoires girly sur le marché ! De nombreuses études en identifient les causes (rôle dans la cellule familiale, tenue vestimentaire, sensibilité aux questions de sécurité…) et je ne crois pas être la mieux placée pour en parler, ne voyant moi-même que des points positifs au vélo. 

Véronique et sa jart'elle en action...

IBS : Tu viens de sortir un nouvel accessoire le pantastic, qu’est-ce ? Et pourquoi s'intéresser aux hommes maintenant ?



VB : « Pantastic » est la contraction de « pantalon » et « élastique ». C’est une sorte de pince à vélo élastique qui se revendique plus comme un bijou que comme un accessoire utilitaire. Le pantastic se décline pour le moment en une cinquantaine de modèles destinés aux filles. Je prévois également des modèles masculins, ce qui entraîne la création d’une nouvelle marque « Les gars à vélo », que je viens de déposer à l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle), début Mars.
Dans les faits, cela fait très longtemps que je m’intéresse aux hommes (depuis l’âge de 15 ans à peu près…), mais l’idée de leur proposer des accessoires vélo est toute récente. Elle est née de réflexions de mon entourage masculin et du constat que, pour eux également, l’offre d’accessoires esthétiques est relativement réduite. Cela dit, je me sens moins inspirée par les accessoires pour hommes et je vais mettre mes amis à contribution pour m’aider car le pantastic nécessite encore quelques adaptions pour être parfaitement masculinisé et fantastique !






IBS : Aujourd’hui dans combien de magasins peut-on trouver des Jart'elles ?



VB : La jart’elle est distribuée dans 10 boutiques dans le Grand Est, en Rhône-Alpes et à Tours. J’espère trouver un point de vente à Paris lors d’une tout prochain voyage, ainsi qu’à Toulouse où je prévois de rendre visite à des amis. On trouve aussi des jart’elles sur deux boutiques en ligne : Elles font du vélo (qui propose également des pantastics) et La trotteuse.



IBS :Comment sélectionnes-tu les produits que tu utilises pour tes accessoires?



VB : Je cherche dans les boutiques de loisirs créatifs en ligne et je fréquente les puces des couturières, les salons du tissu, les merceries, les vides-greniers… J’y achète des bidules et des machins, des breloques, des attaches, des boucles…avec lesquels je fais des essais. Les premiers sont en général très peu concluants en soi, mais ils m’aident à mûrir ma réflexion. En éliminant certaines options, en affinant telle ou telle piste, l’idée se concrétise petit à petit. Lorsque je suis satisfaite du résultat, je cherche des grossistes pour acheter les pièces en grandes quantités. Je privilégie les fournisseurs français, mais j’ai également un fournisseur belge. Ensuite, je fabrique les stocks dans mon petit atelier. Tous mes modèles sont déposés avant d’être mis en vente.



IBS : As-tu d’autres projets d’accessoires?



VB : Je ne fonctionne pas vraiment comme ça. Mon cerveau n’est pas un service de "Recherche et Développement" organisé. Il brasse en permanence un tas d’idées que je laisse vivre ou mourir sans m’y accrocher. A un certain moment, certaines d’entre elles deviennent plus prégnantes et plus concrètes. Alors je les observe virtuellement sous toutes leurs coutures et, si elles me plaisent vraiment, j’essaye de les réaliser. 

L’idée du pantastic, par exemple, a nagé doucement dans les limbes pendant pas mal de temps avant que je l’imagine tel qu’il est, environ 3 semaines avant le premier anniversaire des "Filles à vélo". J’ai alors décidé de le mettre au point très vite pour l’annoncer ce jour là. C’était un peu compliqué mais j’y suis arrivée. Actuellement, j’ai un autre accessoire qui est presque au point mais que je ne peux pas fabriquer moi-même, et quelques idées un peu vague. Comme je suis pour le moment seule à la fabrication (tout en travaillant à temps partiel), je dois freiner mes enthousiasmes.



IBS : Tu as participé à plusieurs salons et expositions, comment le public réagit à tes produits?



VB : Le contact direct est intéressant car il permet justement de recueillir les premières impressions. La plus fréquente à propos de la jart’elle est « Qu’est-ce que c’est ? ». Un certain nombre de visiteurs passent sans s’arrêter et sans avoir compris. D’autres s’arrêtent pour demander ou lire le roll-up que j’installe sur le stand et qui explique, photos à l’appui, que « avec la jart’elle, les jupes ne s’envolent plus». La réaction est alors majoritairement positive de la part des femmes : « Quelle bonne idée », « C’est génial ! ». Une proportion non négligeable d’hommes se déclare contre la jart’elle, parce que « c’est très bien les jupes qui s’envolent ». Un autre intérêt de la rencontre directe est que je peux expliquer, montrer, répondre aux questions en toute connaissance de cause, ce que les revendeurs, presque tous des hommes, ne peuvent guère faire par manque d’expérience pratique.



IBS : As-tu comme objectif de pouvoir travailler à plein temps pour concevoir des accessoires pour cyclistes?



VB : D’un côté, ça me plairait de disposer de plus de temps et d’arrêter de jongler entre deux métiers, deux milieux, car c’est fatigant. D’un autre côté, cette première année d’expérience m’a permis de mieux discerner ce qui me plaît vraiment dans le projet : c’est la partie créative (le fait d’inventer des accessoires, de les mettre au point, puis de concevoir les modèles). C’est d’ailleurs pour cela que je ne fabrique que de très petites séries, voire des pièces uniques. Dépendre entièrement des filles ou des gars à vélo engendrerait des impératifs de rentabilité dont je suis très loin actuellement. Cela changerait significativement la manière dont j’aborde cette activité et je ne suis pas sûre de le vouloir. Alors cette idée là aussi, je la laisse suivre son bonhomme de chemin.



IBS :Tu reverses une partie de tes bénéfices à l'association « Cycles & solidarité ». Peux-tu nous présenter les objectifs de cette association et les raisons qui te poussent à l’aider?



VB : Lorsque je réfléchissais à ce que devait être "Les filles à vélo", je voyais ça comme un projet éthique et loin de la recherche du profit à tout prix. Même si j’espérais en tirer des revenus, ça ne devait pas être au détriment de mes valeurs ; donc, pour caricaturer, pas de sous-traitance en Chine. Je choisis mes fournisseurs en France, au plus près de moi pour minimiser les transports et éviter des systèmes qui exploitent les gens. Mais cela ne me paraissait pas suffisant. Comme dans ma vie privée, je crois au partage des richesses et je souhaitais que les recettes des Filles à vélo puissent bénéficier en partie à une association humanitaire. Cycles & Solidarité réunit la thématique du vélo et l’engagement humanitaire, et elle est installée à Strasbourg. C’était une évidence ! Je suis donc à la fois adhérente, et participe à ce titre aux actions en tant que bénévole, et donatrice. 
 

Cycles & Solidarité collecte des vélos, les répare et les achemine en Asie du Sud-Est pour les distribuer à des enfants qui pourront grâce à eux se rendre à l’école, souvent située loin de leur maison ou à des familles qui peuvent ainsi développer une activité commerciale pour vivre. En échange de chaque vélo, un arbre doit être planté par le bénéficiaire, ce qui participe à la lutte contre la déforestation. Le prochain container acheminera une centaine de vélos aux Philippines. Ils sont destinés à des étudiants de 16 à 18 ans de l’Ecole d’Entrepreneuriat Social et à la cinquantaine de familles de la communauté villageoise qui habite dans la « Ferme Enchantée » à Bulacan, située à environ 40 km au Nord de Manille.



IBS : Au delà du vélo, tu sembles particulièrement engagée dans la préservation de l'environnement et la solidarité, pourquoi?



VB : Sans doute mon histoire. Je suis née au cœur des Hautes Vosges et la forêt a toujours été un refuge pour moi, où je me sens bien et en sécurité. Je randonne depuis l’âge de 11 ans et j’ai voyagé un peu partout dans le monde. Je constate au fil des années les dégâts causés par de la malveillance, l’indifférence ou la cupidité de l’Homme à la nature et aux êtres qui l’habitent. Je me sens touchée au plus profond par ces souffrances. Quant à la solidarité, la question ne devrait même pas se poser tant il me paraît évident qu’on devrait tous tendre vers cela : plus de solidarité, plus d’égalité, plus de bien-être collectif. Malheureusement, le monde court à l’opposé.



IBS : Penses-tu que le fait que Strasbourg soit la première ville cyclable de France et qu'il s'y passe beaucoup de choses autour du vélo t’ai encouragé ou inspiré dans la concrétisation des "Filles à vélo"?



VB : Sans aucun doute ! Je suis fière de dire que j’habite la première ville cyclable de France et je me sens tenue de saluer et d’accompagner ces efforts collectifs pour une ville plus verte et plus humaine. C’est un sentiment fort. Strasbourg est aussi l’endroit le plus propice, à mon avis, pour lancer une telle entreprise car le nombre de femmes qui circulent quotidiennement à vélo y est particulièrement élevé. Lorsque je suis arrivée à Strasbourg en 1996, je savais que c’était une belle ville pour y être venue une fois, mais je n’avais pas imaginé un tel paradis du vélo. Ce fut la cerise sur le gâteau.





A l'opposé de la tendance actuelle d'équipements et accessoires high tech et ultra connectés du marché et qui ne servent pas à grand chose, Véronique Bertrand propose des produits utiles, élégants et durables qui s'accordent parfaitement à l'usage quotidien du vélo. Après les "Filles à vélo" et "Les gars à vélo", Véronique lancera-t-elle bientôt "Les enfants à vélo" ?

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