15 nov. 2017

Premier rôle pour le Bullitt au cinéma !

Depuis la rentrée, de nombreux articles dans la presse ont été consacré aux vélos cargo. Plusieurs chaînes nationales ont même réaliser des reportages sur leur développement. Force est de constater qu'en France, deux ans après la sortie du livre « Cargologie, le vélo cargo comme alternative à la voiture en ville », les vélos cargo passent progressivement de l'ombre à la lumière. Ces modes de transports que personne ne connaissait il y a 10 ans sont en train de voler la vedette aux voitures « propres et/ou autonomes» vainement attendues depuis plusieurs décennies pour solutionner les problèmes de congestion et de pollution des villes. Si bien que depuis peu, le modèle de biporteur le plus populaire, le Bullitt, est désormais le personnage principal d'un film.

Ce moyen métrage intitulé « The Bullit Burden » a été réalisé par Chase Carlsen Bauer, coursier à Chicago. Il est progressivement tombé éperdument amoureux de son outil de travail, le Bullitt, et de sa communauté. Souvent lorsqu'il arrivait chez des clients, il voyait leurs yeux s'illuminer devant la simplicité et la capacité de transport de son vélo. Cette reconnaissance ne lui suffisait plus et Chase, également photographe et vidéaste, a décidé en 2015 d'aller plus loin et de dédier un film au Bullitt. A travers « The Bullitt Burden », il démontre que ce biporteur est plus qu'un simple vélo cargo et qu'il est devenu un véritable culte pour de nombreuses personnes et pas uniquement des coursiers.


Pour cela, Chase a interviewé de nombreuses personnes qui utilisent quotidiennement un Bullitt et qui aiment profondément et la liberté qu’il leur procure. Le film tourné entre Chicago, la Californie, la côte Ouest du Danemark, Copenhague, Aarhus et Paris, s'organise autour de différentes histoires. Vous pourrez ainsi découvrir une famille danoise dont les parents et les deux adolescents possèdent chacun un Bullitt. Ils se définissent comme des « cargo bikes crazy » au point de préparer des gâteaux à son effigie.. 

Hans, l'un des deux fondateur de Larry vs Harry, l'entreprise danoise qui produit et exporte le Bullitt dans le monde entier intervient à plusieurs reprises. Entre une séance de jardinage, une victoire aux championnats d'Europe 2016 des coursiers à vélo et une interview plus personnelle, il dévoile sa vision sur la vie, le vélo, la société, les affaires et évoque pourquoi la localisation de son magasin est si symbolique pour lui. « Je pourrais l'écouter parler pendant des heures... », affirme le réalisateur, âgé de 28 ans. 

Un français, Brice Bedos, coursier durant une quinzaine d'années à Londres et qui a créé il y a 6 ans son entreprise de coursiers en Bullitt, Velopak, à Aarhus, seconde ville la plus peuplée du Danemark, est également présent dans le film. Fumant une cigarette et buvant un café, il livre une vision rude de son métier, qualifié par de nombreuses personnes, même au Danemark, royaume du vélo, de « not real job ». 

Enfin, Chase a choisi de dévoiler l'histoire à l'origine de la commercialisation d'une série spéciale de 30 Bullitts en 2016 pour le championnat du monde des coursiers à vélo à Paris. Vous apprendrez ainsi pourquoi le surnom de “Beezy” est inscrit sur le cadre de cette livrée spécifique et la raison pour laquelle deux exemplaires ont été commandé par une famille d’une petite ville de Californie.



« The Bullit Burden » qui s'ouvre sur un magnifique plan présentant les deux extrêmes de la mobilité, est disponible en vidéo à la demande. Chase souhaiterait organiser des projections en France*. Ce film en anglais et non sous-titré est le premier à ma connaissance sur les vélos cargo. Il expose magnifiquement l'impact positif et profond que le Bullitt et plus généralement le vélo peut avoir sur la vie et la société même parfois, dans la tristesse et la douleur...


* Si vous souhaitez organiser une projection de "The Bullitt Burden", vous pouvez joindre la productrice de Chase alexandria[at]weatherfield.us

8 nov. 2017

Le tour du monde à vélo en 14 ans...

Bien qu’ayant actuellement le vent en poupe, le cyclotourisme n’est pas une activité ou un loisir récent. Il s’est développé parallèlement au vélo dès la fin du XIX ème siècle et il n’a pas fallu attendre longtemps pour que les premiers cyclistes aventuriers partent à la conquête des contrées les plus éloignées du globe. Même à la fin des années 1970, alors que l’usage du vélo est devenu pratiquement nul, des personnes se sont lancées dans des voyages à vélo pour différentes raisons.

Ce fut le cas de Françoise étudiante en décoration d’intérieur de 21 ans et Claude, technicien orthopédiste de 25 ans. Cette décision ne s’est pas prise sur un coup de tête. Elle a été longuement mûrie et est le fruit d’un long cheminement. «Peu à peu s’est développé en nous le désir d’une nouvelle conception de vie. Briser le chemin rectiligne qui se profilait à l’horizon et qui représentait notre destin: un métier, une maison, une famille et refuser la société de consommation».

Le déclic se provoqua en 1978, suite à la lecture d’un article de journal sur un français qui venait de boucler un tour du monde à bicyclette en trois ans. Ce projet alliait le goût pour la nature et le sport qu’ont Françoise et Claude. Ils décident donc de s’équiper avec des vélos réalisés sur mesures et des différentes sacoches nécessaires. Puis, le couple commence à tester ses vélos dans les monts du lyonnais et progressivement lors de randonnées de plusieurs semaines dans les Alpes ou d’autres régions françaises. En parallèle, ils ont pris des cours  d’anglais et ont commencé à définir un itinéraire.

Ainsi, Françoise et Claude quittèrent Lyon à vélo le 1er avril 1980 avec toutes leurs économies qu'ils pensèrent suffisantes pour pouvoir voyager pendant trois ans. « Nous partons à la recherche d’un autre mode de vie, d’une philosophie ou l’argent, les apparences, le luxe ne seront plus des valeurs essentielles. Nous refusons la hiérarchie, la bassesse, la peur, la haine. Nous voulons respirer, non pas nous essouffler, marcher non pas courir. Il nous faut réapprendre à écouter, à comprendre, à aimer. Redécouvrir le respect, l’entraide, le sourire. Nous avons besoin d’un dépaysement total, de côtoyer chaque jour des gens différents, d’être en phase avec toutes les réalités de l’existence. Nous rêvons d’amitiés, de valeurs telles que la confiance, la tolérance. Nous partons aussi à la découverte de nous-même ».

Ils rentreront dans la capitale des Gaules 14 ans plus tard après un peu plus de 150 000 km, 35 000 photos, 503 crevaisons, 66 pays visités, en ayant utilisés 89 pneus, 40 chambre à air, 2 fourches, 54 rayons, 6 selles, 12 dérailleurs, 54 patins de frein, 97 câbles, 7 jantes et 19 béquilles. Des statistiques qui doivent effrayer plus d’un cycliste quotidien, d’autant plus lorsque l’on sait que Françoise et Hervé n’avaient jamais pratiqué le vélo avant leur départ et qu'ils ont donné naissance, en 1988, en Nouvelle-Zélande, à leur fille Manon qui a partagé avec ses parents les 6 dernières années de ce voyage à vélo autour du monde.







 






Ce livre, paru en1995, aux éditions du cherche midi relate leurs 14 années passées au guidon de leurs vélos et les expériences souvent bonnes et parfois moins qu’ont vécu le couple puis cette famille de cyclo nomades. Résumer 14 années passées à pédaler autour du monde et à rencontrer de nombreuses et diverses personnes en 283 pages n'est pas un exercice facile. Certaines parties du voyage sont décrites avec plus de détails que d'autres ce qui permet de se focaliser sur les temps forts et de donner un rythme soutenu au livre. Le lecteur est ainsi aisément embarqué dans cette aventure et participe aux joies, rencontres, déceptions aux difficultés ou risques rencontrés par cette famille.

A propos de ces derniers les auteurs précisent : « Le plus grand danger est tout simplement la route, où nous sommes constamment à la merci de conducteurs inconscients et irrespectueux des cyclistes. Que ce soit au Canada, en France ou Brésil, au Maroc ou en Corée du Sud, nous avons toujours rencontrés des chauffeurs de camions, de voitures, de cars ou de taxis prêts à nous écraser, tout bonnement parce qu’appuyer sur la pédale de frein et attendre quelques instants, leur demandaient un effort beaucoup trop important. Pensez donc ! Perdre quelques secondes, quelle guigne ! Certains pensent aussi que cela les dévaloriserait. Il y a donc ceux qui n’aiment pas les cyclistes, les flemmards, les méprisants et les pressés, ceux qui ne prennent jamais le temps et nous aperçoivent à peine ».

Près de 25 ans après sa parution, ce livre avec le développement du vélo est plus que jamais d’actualité. Françoise et Claude Hervé ont eu le courage de se lancer dans cette aventure qui a véritablement changé leur vie. Sa lecture peut donner envie de tout plaquer et de partir avec ceux que l’on aime à la découverte du Monde à vélo ou au moins d’y rêver…



Les photos illustrant cet article ont été scannées du livre et ont été réalisées par Claude Hervé

18 oct. 2017

L'Eroica, l'évenement qui fait perdurer l’esprit d’aventure des courses cyclistes d’antan...

Cheveux gominés, coiffés en arrière, peau mate, regard porté loin devant et maillot Telnago jaune, il me dépasse. L’air est frais, le jour hésite et l’humidité piège des gouttelettes sur ma barbe. Les courbes s’enchaînent et la vitesse augmente. Un groupe devant. Maillots des années soixante et cinquante. Vélos italiens. Il me vient cette impression étrange d’être dans une faille temporelle. Où dans cette scène de Porco Rosso où le héros voit tous ses compagnons disparus voler autour de lui.

Mais mon voisin n’est pas le fantôme de Gino le Pieux même si nous sommes qu’à quelques encablures de Florence. Je ne suis pas non plus une ancienne gloire du Tour de France bien que je pédale sur des « routes blanches » au milieu de milliers de femmes et d’hommes épris comme moi de bicyclette. Ensemble, et chacun à notre façon, nous allons vivre une uchronie : faire du vélo au XXI ème siècle avec des machines en métal du XX ème siècle. Comme si le carbone, les vitesses indexées, les moteurs cachés et les petites combines n’existaient pas. Ni même les plateaux à onze vitesses, les cintres « oversized », les pédales automatiques, la guidoline rembourrée et les routes asphaltées.

Ils étaient à peine une poignée en 1997 à partir d’un petit village italien à l’aube. Leur idée première, en dehors de s’amuser entre copains à vélo, était avant tout de valoriser un des éléments clés du paysage du Chianti. Les routes blanches, « strade bianchi ». Calcaire pulvérulent, graviers, ornières, nids de poules et authentiques voies irriguant les champs, vignes et hameaux. Vingt-deux ans plus tard, les inscriptions à l’Eroica partent en quelques heures malgré les 7000 dossards disponibles. En plus du parcours historique de 209 kilomètres, entré dans le patrimoine local et fléché de manière permanente, cinq autres variantes sont proposées ce dimanche 1er octobre 2017. Le départ et l’arrivée se font dans un petit village qui voit tripler sa population le temps de ce week-end. Gaiole-In-Chianti est ainsi durant ce premier week end d’octobre le centre du monde vélocipédique. Soixante nationalités se côtoient et parlent une même langue : le vélo. Mais pas n’importe lequel, celui, pour prendre les mots de Giancarlo Brocci, un de fondateur du l’Eroica, « de l’effort véritable ».

J’ai réalisé ma première Eroica, en couple, en 2011. Ma compagne montait un Peugeot PF 65, moi un PSV 10s également de la marque au Lion. Cette première Eroica, sur le parcours de 75km et sous un soleil splendide fut une très belle aventure. Depuis, il y a eu trois Anjou Vélo Vintage (avec trois Peugeot différents) et la création de Mo&bius, ma marque de vélo basée sur la restauration et la modernisation de cadres aciers. C’est avec deux amis que nous avons fomenté notre participation à la 21ème édition de l’Eroica cette année. J’ai peut-être dû lancer le sujet, mais je n’ai pas eu beaucoup d’efforts à faire pour les convaincre de participer. La première épreuve à consister à s’assurer de pouvoir s’inscrire. Cela passe par une pré-inscription, puis un tirage au sort à l’inscription. Gaiole in Chianti étant situé à 50 km au sud-est de Florence, nous avons opté pour le voyage en voiture. Un aller-retour de plus de 1500 km. Déraisonnable ? Non, c’est pour faire du vélo !

Le règlement de l’événement stipule que les vélos doivent obligatoirement dater d’avant 1987, avoir des leviers de vitesses non indexés fixés au tube oblique, disposer de câbles de freins sortant par le haut des poignées et avoir des sangles et des cales pieds aux pédales. Nous avons participé à cette édition de l’Eroica sur des Peugeot, des PY 10, le modèle emblématique! Le vélo d’Alexis date de 1979, robe blanche, groupe Simplex, freins Mafac et œillets pour rouler avec des gardes-boue l’hiver. Il avait fait le choix de rester en boyaux, chaussant une paire neuve de Challenge Paris-Roubaix en 27mm. Christophe a trouvé in extremis un Perthus noir de 1985 dans un état proche du neuf avec les pattes arrières chromées comme ce fut le cas des PY dès la fin des années soixante-dix. Il était équipé d’un dérailleur Mavic 801 et Spidel et de pneus Lithion Reinforced de Michelin en 23mm. Ma monture est sortie d’usine en 1982. Elle est équipée tout en Spidel. Blanc nacré avec, comme tout vieux combattant, pas mal de cicatrices de ces années à rouler. Il a été rénové par la « famiglia » parisienne de La Bicyclette. Pour l’occasion, j’ai opté pour une paire de roues Mavic de 1986 équipée en pneus Panaracer Gravel King en 28mm et surtout pour une cassette 12-26 car celle d’origine ne monte qu’à 24, ce qui s’avéra fort utile.

Le règlement est moins catégorique pour ce qui est des tenues. Il est toutefois indispensable de faire de son mieux pour rouler avec des vêtements correspondant à l’époque de son vélo. La préparation a été minimale. Nous avons fait un petit tour de chauffe dans le Kochersberg trois semaines plus tôt. Les vélos répondaient présents, les cyclistes étaient remontés à 8 bars. Nous étions prêts à défier ces strade bianchi. J’ai ajouté un « stress test » sur les pistes gravillonnées des berges du Rhin quelques jours avant de prendre le départ pour vérifier que tout était bien arrimé et réglé.

Le samedi précédent la course, nous chargeons à l’aube blêmissante la voiture avant de rouler vers le Chianti via la Suisse. A peine avions-nous posé nos valises dans notre hébergement que nous avons filé à Gaiole pour récupérer nos dossards. Le village est tout en longueur, niché sur les deux versants d’un vallon boisé. La rue principale longe une petite rivière canalisée. Pierres chaudes pour les murs, église comprise. Tuiles et fers forgés. Des cyprès partout. Tout heureux dans ce paysage de carte postale, nous redescendons brutalement sur terre. Il nous manque nos certificats médicaux pour retirer les dossards. La nécessité de ce document avait fini par nous échapper au fils des quinze messages électroniques reçus depuis la pré-inscription. Fort heureusement, un médecin ami, arraché le malheureux à son apéro, nous dépanne sur le fil en scandant et en envoyant par email à l’organisation les précieux sésames.

Grâce à la résignation mêlée d’amusement d’une bénévole, nous récupérons, une heure après la clôture des inscriptions nos dossards, plaques de cadre, entrées pour la pasta party du soir et surtout une magnifique boîte reprenant l’affiche de cette 21ème édition. Elle contenait une bouteille de Chianti, une boîte de café, un sachet d’orge perlé et une musette Santini, qui produit la collection textile signée Eroica. Pas mal non ?Nous avons raté l’essentiel des animations du jour, mais le village grouille encore de monde. Nous trouvons de quoi se sustenter sur le pouce puis avant de dormir, préparons le matériel et les tenues pour la course. Cette anticipation a permis à l’un d’entre nous de s’apercevoir qu’il avait oublié son cuissard. Fort heureusement, j’en possède un de rechange.

Il fait encore nuit noir lorsque nous émergeons le dimanche matin. Les départs des deux parcours longs, 209 et 135km, commencent à 5h du matin. Puis après 7h ce seront les participants des 115, 75 et 46km qui s’élancent. Nous avions opté pour un départ à 7h pour réaliser le parcours de 209 km pour ne pas débuter l’épreuve dans l’obscurité.
Il ne faut pas penser que c’est la distance qui est le plus important. Le dénivelé jour son rôle. Le parcours historique propose 3700 m de dénivelé cumulé positif. Celui de 115 km en affiche 2986 m contre 2100 m pour celui de 135 km, le 75 km, 1700 m et même le modeste parcours de 46 Km en prend pour 700 m. Le tout sans jamais dépasser les 520 mètres d’altitude. Les parcours sont des sortes de montagnes russes permanentes…

Les poches bourrées de matériel, les bidons pleins, nous partons faire tamponner notre carnet de route afin de se mettre sur la ligne de départ. Voilà, on y est. On cale le pied gauche, on lance la roue vers l’avant, l’équilibre se fait, on cale le pied droit, on tourne une fois, puis deux, puis la ritournelle s’élève dans l’air chargé de rosée. Il fait 10°, le soleil naît derrière le clocher de Gaiole, le village s’éveille aux sons des roues libres et de freins cacochymes. La route nous entraîne vers le château de Brolio appartenant à la famille du baron Ricasoli dont l’ancêtre, Bettino, est à l’origine de l’assemblage du Chianti en 1872.

Nous attaquons la première section « blanche » dédiée à Luciano Berrutti, héros aux moustaches qui a fait la légende de l’Eroica. Disparu au début de l’année, Luciano Berutti fut de toutes les éditions et semblait toujours sortir du peloton du Tour de France de 1903. Comme lui, beaucoup portent leurs boyaux autour des épaules. Les crevaisons s'enchaînent, je dépanne un groupe de suisses dont la pompe vintage vient de casser (une pompe pour six, les suisses !). Mais j’aurais tort de me gausser. Lors de ma première participation le câble de frein arrière avait cassé au niveau de la poignée à la première portion blanche. J’ai dû rouler avec un seul frein pendant 70km avant de me faire dépanner en moins de trois minutes par un mécano virtuose au dernier ravito…


Pour l’instant tout va bien pour nous. On ne peut s’empêcher de faire des arrêts fréquents pour prendre quelques photos. On accélère à l’occasion l'allure et on défie quelques participants pour le plaisir de faire monter le cardio. On effleure les faubourgs de Sienne dont on voit entre deux virages la Torre de Mangia qui domine la piazza del campo où se déroulent les spectaculaires courses à cheval des Palii delle Contrade. Les dérailleurs jouent de la fourchette, les cassettes maltraitent les chaînes, on déraille à l’occasion avant de trouver le geste juste, tout en nuance pour caresser la chaîne et lui faire sauter en douceur les plateaux. 

Les trois strasbourgeois héroïques


Et c’est le premier ravitaillement qui arrive après 50 km à Radi. Il faut alors s’imaginer un nuage de sauterelles s’abattant sur un champ de blé. Des vélos se reposent un peu partout, on peine à trouver de la place pour les nôtres. C’est un festival de merveilles italiennes, suisses, françaises, anglaises ou exotiques : Colnago, Pinarello, Bianchi, CBT Italia, Willier, Stelbel, Ciöcc, Gios, Peugeot, Gitane, Motobécane, Raleigh, Claude Butler, Alcyon, Gazelle, Merckx… on en sait plus quoi et où regarder. Il en est de même pour les cyclistes et leurs tenues qui se composent de maillots bicolores en laine aux motifs brodés de la première moitié du XX ème siècle, de maillots synthétiques des années 70 et 80. Les stands offrent salé et sucré. J’opte pour la crostata di marmelleta, pâte sablée et généreuse couche de confiture de myrtilles avec en prime quelques morceaux d'un fromage qui ressemble à du Cantal. Je ne remplis pas mon bidon de Chianti, mais d’eau. Nous nous offrons un expresso dans le troquet à proximité. Devant nous, un participant demande une grappa et un doppio puis nous explique que c’est sa ration pour tenir. Forçat !

Le ciel toscan s’est maintenant drapé d’une couverture grise. Les portions de routes blanches se font plus exigeantes. Il devient parfois impossible de franchir les pentes. Quand ce n’est pas ton dérailleur qui fait des siennes, c'est un concurrent moins en jambe qui te bloque le passage sur la petite portion ferme que tu avais repéré. Une roue trop à droite ou trop à gauche et te voilà dans les graviers la jante ensevelie. Et là, mieux vaut être bon en déchaussage rapide et gestion de la pose du pied en situation critique. J’en ai vu plus d’un rater son coup. Ils repartent toujours sans de gros bobos. Dans la descente c’est autre chose. C’est également une histoire de trajectoire mais aussi de gestion du risque et des autres concurrents devant toi. La chute peut vite arriver.


Maudit soit à nouveau mon frein arrière. Il ne rompt pas mais répond mal aux sollicitations. Mes équipiers plus expérimentés, adeptes du VTT, gèrent avec brio et célérité ces passages où je serre tout ce que je peux, il faut bien le dire. Depuis la dernière section blanche, Alexis s’inquiète de son levier de frein droit qui commence à se dévisser inexorablement. Il nous faudrait une clé à pipe de 10. Le genre d’outil qu’on ne pense pas à prendre avec soi mais qui devait sans aucun doute se trouver dans les petites trousses à outils fixé à l’arrière des selles d’antan. Pour tous, les tronçons de routes blanches sont une épreuve et pour nos vélos, ils tournent au supplice mécanique. Certaines portions offrent un relief de tôle ondulée très éprouvant et l’inévitable se produit, la manette de frein d'Alexis lâche. Fort heureusement nous arrivons immédiatement après dans le hameau de Ponte d’Aria où un habitant a ouvert un atelier du dimanche. Il arrive à point. Il nous procure un boulon de rechange et l’outil adéquat. On laisse un petit billet et on repart. Grazie !

Alexis Amet sur une voiture suiveuse d'époque
A l’issue d’une portion roulante nous arrivons pour le ravito principal à Asciano. Pittoresque village pavoisé. Là, nous attend un bol de succulente Ribollita, soupe typique et les douceurs habituelles. La pluie légère nous inquiète mais reste discrète. Nous repartons confiants. Mais nous sommes cueillis à froid par la plus longue des portions blanches. Plus de dix kilomètres de toboggans et des pentes ou ma cassette refuse de jouer le jeu et où je dois la jouer façon cyclocross en poussant la machine. Hagards nous émergeons enfin sur l’asphalte pour un coup de rein nous conduisant à Castelnuovo Bereradenga. La pluie continue de s’en mêler sans tourner au déluge, c’est déjà ça. Je discute avec un italien en maillot helvétique et au vélo de même origine. Il travaille en Suisse et en est à sa cinquième participation. Il me confie qu’il chute toujours dans la portion que nous venons de tracer et que chaque année, il se promet de changer de parcours, mais que chaque année il revient sur le même. Les cyclistes sont des Sisyphes aux Danaïdes!

On entame alors la boucle de retour vers Gaiole. Une pente régulière avec de nombreux tournants. La route est rendue glissante par la pluie fine. Je joue la prudence dans ces enchaînements de courbes. Puis, dans un virage serré à droite, je vois un de mes coéquipiers dans le fossé. Il vient de faire une sorte de route. Choqué, la tête ayant un peu porté sur la chaussée, il a subit plusieurs contusions dans sa glissade. Sa roue avant s’est dérobée, c’est imparable. Le vélo n’a pas trop souffert de la chute. Moins que le cycliste qui vaillamment décide d’aller au bout. Il nous reste vingt kilomètres. On les roulera sans autres mauvaises surprises. La remontée vers Gaiole voit converger les coureurs des différents parcours. La délivrance est proche. Et voilà, le village, la foule et une arrivée sans fanfare ni trompette. Tous les trois, couverts de poussière, heureux et comblés.

Les trois cyclistes après leur arrivée.
Comme nous, tu iras au moins une fois sur les routes de Toscane, un dimanche d’octobre si tu aimes ces machines d’acier ou d’aluminium dites d’un autre temps. Tu iras si, le temps d’un week-end tu veux vivre à pleins poumons un moment d’exception fait de cambouis, de tartines de Nutella et de Chianti au ravitaillement. Tu iras pour t'enivrer de ces paysages uniques, où la main de l’homme a su accompagner et magnifier une nature généreuse. Tu iras, car l’Eroica t'appellera… et ne te lâchera pas…



Article et photos réalisés par Alexis Amet.Pour le moment il n’a que sept vélos dans son garage dont trois vintage. Tous des Peugeot. Il a remporté en Septembre 2017, avec son concept de bar, restauration et atelier vélo intitulé « Saperlipopette à bicyclette ! », l'appel d'offre de la Ville de Strasbourg pour la réouverture du Bar de la Laiterie. Rendez-vous en 2018 pour son inauguration.

11 oct. 2017

10 choses qui font de Copenhague la capitale mondiale du vélo !


Copenhague et le vélo… une longue et belle histoire. Une petite partie a déjà été relatée sur ce blog en septembre 2012 dans une série de 7 articles traitant de la culture vélo dans la capitale danoise. Depuis cette série, la ville de Copenhague a continué ses efforts pour développer le vélo et pour l’intégrer au maximum dans la cité. Ainsi en quelques années, le réseau d’autoroutes cyclables s’est fortement étoffé. De nouveaux ponts dédiés aux modes actifs traversant les canaux ont été réalisés et l’agglomération s’est équipée de plus d’une centaine de station de vélo en libre-service baptisé bycycklen. En plus de ces quelques actions phares, voici un rapide condensé de ce qui fait de cette ville une référence mondiale du vélo...

Le centre commercial de Frederiksberg, propose 450 places de stationnement vélo pour ses clients. Il l’annonce de la plus belle des manières avec un grand panneau installé sur un magnifique Short John fleuri qui indique « 450 places de stationnement pour cyclistes juste au coin de la rue »…


Les supermarchés Lidl proposent devant chaque magasin deux places de stationnement pour les vélos cargos ainsi qu’une pompe…


Le compartiment vélo de l’Øresundstog, train régional qui circule entre la Suède et le Danemark. 6 vélos (accès payant au prix d’un ticket enfant) et deux poussettes embarqués sans que cela ne gêne le passage des autres usagers ou du personnel de bord…


Christiania Cykler. C’est ici en 1984 que le premier Christiania Bikes a été construit. La production a été délocalisée en 1990 sur l’île de Bornholm. Ce local est aujourd’hui uniquement un atelier d’assemblage et un espace d'exposition et de vente de Christiania Bikes.


Des magasins de vélos à chaque coin de rue, dont certains ouverts le dimanche toute la journée…

Des vitrines de centres commerciaux devant lesquelles il est interdit de stationner son vélo car il obstruerait la vue sur le magnifique triporteur exposé dans le magasin…


Des files d’attentes comptabilisant 50 à 60 cyclistes aux carrefours lors des heures de pointe…


Des draisiennes déjà équipées de paniers pour transporter ses affaires à vélo dès le plus jeune âge…


Des taxis proposant de porte-vélos afin de rentrer le soir tranquillement lorsque l’on a trop bu pour prendre le guidon…


Un métro automatique qui circule 24h sur 24h et qui permet d’embarquer facilement son vélo (autorisé sauf du lundi au vendredi de 7h à 9h et de 15h30 à 17h30) en payant un supplément.



En plus de ces quelques images voici quelques chiffres clés du vélo dans la capitale danoise (d’autres ici). En 2016, les habitants de Copenhague possèdent 5 fois plus de vélos que de voitures (675 000 contre 120 000). En 2016 et pour la première fois depuis le début des mesures du trafic automobile et cycliste, les vélos rentrant quotidiennement dans le centre de Copenhague ont été plus nombreux que les voitures. La part modale des déplacements à vélo pour le travail ou les études est de 41 % et la ville affiche l’ambition de porter ce chiffre à 50 %, à l’horizon 2025 et de devenir loin devant Amsterdam la capitale mondiale du vélo. Le monument principal de la ville ne sera ainsi plus la petite sirène, mais la petite reine…

5 oct. 2017

A Copenhague plus qu'ailleurs, les vélos cargo remplacent les voitures !

Même à Copenhague, qui est assurément l’une des villes où ils sont le plus nombreux, les données sur les vélos cargo et leurs utilisations sont rares. La capitale danoise communique le chiffre de 40 000 vélos cargo en circulation dans l’agglomération (soit 6 % des vélos) et sur le fait que 25 % des familles avec deux enfants ou plus en possède un. Au-delà de ces informations officielles, il faut se tourner vers les observations réalisées par la société Copenhagenize pour avoir quelques renseignements complémentaires.

Le 6 Mai 2015, à partir de 8 heures du matin et durant 10 heures, cette société spécialisée dans le développement du vélo a recensé, 718 vélos cargo, à Søtorvet, l’une des intersections les plus fréquentées de la capitale danoise. Les triporteurs sont les modèles les plus courants à Copenhague. En effet, seuls 14 % des vélos cargo recensés dans l'analyse étaient des biporteurs et 4 % des vélos classiques équipés d’une remorque. L’usage des vélos cargo semble être plutôt masculin car seuls 38 % des triporteurs, 12 % des biporteurs et 11 % des vélos avec remorques étaient conduits par des femmes. Enfin, 76 % des vélos cargo circulent chargés de marchandises ou à vide et 21 % et 3 % avec respectivement un enfant et deux enfants ou plus. 

Les photos présentées dans ce message, prises fin août 2017, confirment ces chiffres. Ils vont même plus loin puisque l’on peut constater que la quasi-totalité des modèles circulant sur les pistes cyclables de Copenhague sont issus de fabricants danois (Christiania Bikes, Nihola, Winther Bikes, Bella Bikes, Trio Bikes pour les triporteurs et essentiellement Larry vs Harry pour les biporteurs). ll est très rare de voir dans la ville de la petite sirène de rencontrer des modèles hollandais ou allemands qui représentent avec le Danemark les principaux constructeurs de vélos cargo. 









 
 

 


Les enfants ne sont pas les seuls êtres vivants a être déplacés grâce à des vélos cargo. Il est assez commun à Copenhague de voir des adultes ou des chiens tranquillement installés dans la caisse d'un triporteur. Il est également intéressant de remarquer qu’à l’exception des vélos taxi et de certains modèles plutôt destinés à du transport de marchandises, très peu de modèles sont équipés d’une assistance électrique. 

 
 
 



 


Dans la capitale mondiale du vélo, il est aujourd’hui toujours possible d’apercevoir des modèles de vélos cargo fabriqués au Danemark lors du premier âge d’or du vélo au début du 20ème siècle comme des Long John ou sa déclinaison moins capacitaire le Short John. 


A l’opposé, un œil averti pourra apercevoir des prototypes qui ne sont pas encore commercialisés, comme ce nouveau triporteur Christiania Bikes doté d'un système de roues directionnelles, caché au cœur de Christiania.


La Cargologie à Copenhague est encouragée et facilitée par les infrastructures cyclables nombreuses, continues, bien entretenues et larges (minimum de 2 mètres pour une piste unidirectionelle) dont dispose l'agglomération. Les fabricants danois et leur offre de modèles diversifiés participent également à l'importance de l'usage des vélos cargo à Copenhague. Enfin, la fiscalité danoise incite également fortement à posséder un vélo cargo pour remplacer une voiture. En effet, le montant de la taxe à l'immatriculation des nouveaux véhicules se monte à 105 % pour les voitures d'une valeur inférieure à 79 000 DKK (environ 10 500 €) et à 180 % pour ceux d'un montant supérieur. Ces différents éléments expliquent pourquoi Copenhague est aujourd'hui la ville d'Europe où les vélos cargos sont les plus nombreux.