6 févr. 2013

Strasbourg condamnée pour avoir autorisé les cyclistes à rouler sur certains trottoirs

Le 23 janvier dernier, le tribunal administratif de Strasbourg a rendu son jugement dans le procès qui opposait l'association Piétons 67 à la Communauté Urbaine de Strasbourg (CUS). L'association reproche à la CUS d'avoir autorisé les cyclistes à rouler sur certains trottoirs de la ville de Strasbourg sans délimiter les espaces entre les piétons et les cyclistes.

Le tribunal a donné gain de cause à l'association Piétons 67 en vertu de l'article R412-34 du code de la route qui stipule que seuls les cyclistes de moins de 8 ans sont autorisés à rouler sur les trottoirs et à l'allure du pas. Les trottoirs mixtes permettant la circulation des piétons et des cyclistes sans délimitation de leurs espaces respectifs sont donc illégaux.
Le juge donne trois mois à la CUS pour se mettre dans la légalité. A mon sens, si la communauté urbaine souhaite prendre en compte les cyclistes dans les modifications, deux principales pistes sont possibles:
 
  • matérialiser les espaces respectifs aux sol par un marquage quand cela est possible et en respectant les largeurs minimales de trottoirs, des aménagements cyclables et la loi d'accessibilité
  • transférer les cyclistes sur la chaussée en leur créant un nouvel aménagement

Piétons 67 a engagé ce procès suite au comportement dangereux de cyclistes sur les trottoirs mixtes (vitesse excessive, dépassement frôlant...). Si la manière de régler le problème est discutable, le problème est réel, mais très localisé et dépend en premier lieu du comportement d'une minorité de pédards qui stigmatise l'ensemble des cyclistes.

A un niveau local, il est donc important de sensibiliser l'ensemble des cyclistes. Le réaménagement de ces trottoirs ne suffira pas à supprimer le problème. De la pédagogie, de la communication et sans doute également un minimum de répression devront également être mis en œuvre en complément aux modifications imposées par le tribunal administratif.

A une échelle nationale, le code de la route doit évoluer pour mieux prendre en compte les cyclistes qui seront de plus en plus nombreux dans les années à venir. En effet, il autorise depuis 2004, les voies vertes. Ces routes sont ouvertes à tous les modes de déplacements non motorisés principalement le long de canaux et sur d'anciennes voies ferrées (dont certaines sont très fréquentées par les promeneurs, les cyclistes et les rollers). La cohabitation entre les piétons et les cyclistes sur un même espace y est autorisée sans délimitation.

Le code de la route autorise également depuis 2009 les zones de rencontres. Dans ces zones les piétons sont autorisés à circuler sur la chaussée sans y stationner et sont prioritaires sur les autres modes de déplacements (cycliste, voitures...). A Strasbourg, certaines zones de rencontres ne sont pas plus larges que les trottoirs mixtes dénoncés dans le procès.

La réflexion vers la cohabitation entre piétons et cycles en milieu urbain doit donc être rapidement approfondie. A ce titre, la Ville de Strasbourg expérimente depuis 2010 avec l'accord de la DSCR (Délégation à la Sécurité et à la Circulation routière) 6 trottoirs mixtes* autorisés aux cyclistes. Ces trottoirs ne sont pas remis en cause par le jugement car autorisés par le Ministère. Malheureusement, on ne connait pas le résultat de cette expérimentation. Quid des conflits ou d'éventuels accidents sur ces trottoirs mixtes expérimentaux ? Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ?

Une réflexion est donc engagée auprès des instances du Ministère sur le fonctionnement et l'acceptabilité des trottoirs mixtes. Si à l'avenir de tels aménagements sont autorisés, ils devront cependant rester exceptionnels. En effet, c'est à la voiture que le vélo doit prendre de la place et non aux piétons. L'aménagement prévu pour les cyclistes sur le pont Pasteur en 2013 en est un bon exemple...

* pont de la Bourse, pont Pasteur, rue du Landsberg, boulevard de la Victoire, pont des Ducs, et pont Vauban.




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