19 déc. 2012

Lille s'interesse aux amendes minorées...

Article de la Voix du Nord du 23 novembre 2012

Le respect du code de la route par les cyclistes pose parfois question. En raison, notamment, de PV trop coûteux, la tolérance prévaut souvent. Strasbourg, ville phare de la petite reine, expérimente un dispositif inédit d'amendes moins chères, mais plus nombreuses. Dans la métropole, l'accroissement de la pratique du vélo doit-elle aussi s'accompagner d'un serrage de vis ?

Des cyclistes grillant un feu rouge ou un stop. Remontant un sens interdit. Circulant sur les trottoirs au milieu des piétons. Ces comportements se voient souvent, surtout depuis l'arrivée du V'lille. Ils sont peu sanctionnés. « La police est plutôt tolérante, sans doute car les accidents avec des vélos sont très peu nombreux », suppose Sébastien, de l'ADAV (Association droit au vélo). Cette clémence agace Philippe Dutrieu, directeur de l'Automobile-club du Nord : « Les policiers se disent que ce n'est pas grave. On contrôle les automobilistes mais presque pas les autres usagers de la route. Pourtant, un laisser-aller existe chez les cyclistes, on a l'impression que les indications routières ne les concernent pas. » Un constat partagé par Jacky Maréchal, directeur départemental de la Prévention routière : «  Il y a beaucoup de transgression et d'imprudences alors qu'ils sont vulnérables. Ils se mettent en danger, ainsi que les piétons . » Sébastien relativise : « Au lancement du V'lille, il y a eu des difficultés, des néophytes se sentaient plus en sécurité sur les trottoirs.

Dorénavant, on a peu de retours de piétons se plaignant. » Et griller un feu rouge à vélo n'est souvent pas périlleux, juge Sébastien : «  La plupart des cyclistes le font dans une situation sans danger, ce ne sont pas des kamikazes. » Reste que les utilisateurs de vélos sont soumis au code de la route. Franchir un feu rouge coûte 90 E. « Pour un cycliste, c'est excessif », estime Vinciane Faber, conseillère lilloise Verte en charge du Plan vélo. « Le montant du PV doit être le même pour tous », rétorque Philippe Dutrieu. En tout cas, à ce tarif, des agents rechignent à coller une prune aux cyclistes. Depuis le début du mois, Strasbourg expérimente un dispositif inédit. Dans la ville du vélo roi, les amendes sont moins chères mais potentiellement plus nombreuses. Au lieu de valoir 90 E, une dizaine de contraventions sont passées à 45,60 E pour les cyclistes. L'idée séduit Vinciane Faber : « On verra si c'est transposable à Lille. Je serai très attentive aux conclusions du test. » 

L'élue ne tombe pas dans le répressif : « Je suis contre la verbalisation massive mais pour des PV plus équitables. » Ces propos rassureront en partie Sébastien, pas emballé par l'initiative strasbourgeoise : « On a peur qu'avec des amendes minorées, les policiers se sentent plus légitimes à verbaliser. » Le patron de la Prévention routière voit, lui, un avantage : « À condition d'effectuer des contrôles, ça aurait un effet dissuasif. » Sébastien préférerait que les autorités accentuent la lutte contre « les voitures garées sur les aménagements cyclables  ». Et changent certaines installations routières : « Elles ont été mises en place par rapport aux automobiles, et pas aux vélos. » Vinciane Faber le rejoint : « Il faut sanctionner le cycliste mettant sa vie en danger ou celle des autres, mais aussi adapter les règles à la pratique du vélo. » D'où l'essor des doubles sens cyclables. En 2013, tourner à droite à certains feux sera autorisé. Des évolutions nécessaires, relève l'élue : « La pratique du vélo a doublé à Lille, mais on n'est pas au niveau de Strasbourg. On n'a pas encore d'embouteillages de cyclistes. Ce sera peut-être le cas dans quelques années. »

Alain Jund est l'adjoint au maire de Strasbourg (Vert) en charge de la politique vélo. Il explique le système d'amendes minorées.

Pourquoi instaurer ce dispositif ?

« Ça existe en Allemagne. On souhaitait expérimenter la verbalisation au regard du danger généré par les cyclistes. Il n'est pas rationnel qu'ils aient les mêmes amendes qu'un camion ou une voiture. C'est disproportionné. Notre situation est particulière : 12 % des déplacements se font à vélo en ville, 8 % dans l'agglomération (2 % dans la métropole lilloise). Et 33 % des déplacements se font à pied. »

Est-ce une manière de mieux faire accepter une répression ?

« La part du vélo augmente. Comment gérer la cohabitation avec les voitures et piétons ? Il existe des tensions entre piétons et cyclistes, notamment sur les trottoirs. Ce dispositif n'est pas anti-cycliste. C'est aussi pour qu'il y ait une prise de conscience et fixer des limites. Il n'y avait quasiment pas d'amendes. On a demandé plus de présence à la police municipale. »

Est-ce transposable à Lille ?

« C'est intéressant pour les villes où la part du vélo est importante. Ça peut, à terme, être adapté au centre-ville de Lille. »



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