6 nov. 2012

I bike Strasbourg interviewe Alain Jund

I bike Strasbourg vous proposera de temps en temps des interviews d'acteurs de la culture vélo à Strasbourg ou ailleurs. On débute aujourd'hui avec Alain Jund, conseiller communautaire délégué au vélo de la Communauté urbaine de Strasbourg (CUS) et vice président du Club des villes cyclables. Il présente la politique cyclable de l'agglomération strasbourgeoise, ses points forts, ses points faibles et les développements à venir.

I bike Strasbourg : Bonjour M.Jund, vous êtes conseiller communautaire délégué au vélo pour la Communauté urbaine de Strasbourg (CUS), pouvez-vous nous expliquer quelles sont vos missions?

Alain Jund : L’objectif de ma délégation consiste à développer la politique cyclable sur la CUS. Je fais ce travail en collaboration avec les 28 maires des communes de la CUS. C'est n'est pas toujours simple car les réticences restent fortes sur la place à donner au vélo au sein de notre territoire.



IBS : Pouvez-vous nous annoncer le budget annuel affecté par la CUS et la ville de Strasbourg au développement du vélo ?

AJ : Nous n’avons pas de chiffres exacts du budget de la CUS ou de la ville de Strasbourg pour le vélo car une part importante des aménagements que nous faisons pour le vélo est intégrée aux projets globaux de réaménagement de voiries ou dans le développement du tramway.

Velhop nous revient globalement à un peu moins de 1 million d’euros par an ce qui est beaucoup moins que d’autres villes françaises qui ont un système classique comme Paris ou Lyon. Le projet de passerelle cyclable qui traverse les 6 voies de l’autoroute A35 et le réseau ferré à la hauteur de Schiltigheim sur la route de Hausbergen, représente un cout d’investissement de 9 millions d’euros. Si la CUS disposait d'un budget vélo spécifique, cette passerelle grèverait une grande partie du budget pendant plusieurs exercices.


IBS : Aujourd'hui de combien de kilomètres d'aménagements cyclables dispose la CUS ?

AJ : Aujourd’hui, la CUS possède près de 580 km d’aménagements cyclables. Nous réalisons annuellement 10 à 15 nouveaux kilomètres. C'est vrai, que par rapport à d'autres villes françaises, Strasbourg a beaucoup d'avance. Cependant, quand on regarde vers l'Europe du Nord ou juste de l'autre côté du Rhin, Strasbourg a beaucoup de retard...

Pour combler ce retard, nous allons développer sur plusieurs itinéraires majeurs un Réseau Express Vélo (REVE). Son objectif est que les cyclistes habitant à plus de 5 km de Strasbourg et y travaillant aient des itinéraires confortables, sécurisés et sans trop d’arrêts. C'est un projet que nous finaliserons à l'horizon 2020. Aujourd'hui, certaines infrastructures existent notamment le long des canaux. Nous devons les adapter, améliorer les connexions avec le réseau cyclable et mieux les sécuriser.


On ne peut pas développer le vélo en ville tout en garantissant la même place à la voiture.

IBS : Malgré ce réseau important et maillé, de nombreux problèmes subsistent pour les cyclistes à Strasbourg. Comment les supprimer ?

AJ : La CUS a adopté en 2011 son nouveau schéma directeur vélo 2020. Nous avons fait le bilan de l’existant. Celui-ci a mis en exergue différents freins à l’utilisation du vélo, notamment des discontinuités d’aménagements. Le schéma directeur propose qu’un grand nombre de celles-ci soient traitées à l’horizon 2020.

Cependant, la grande majorité des discontinuités d’aménagements ne pourront être supprimées qu’avec des financements et surtout une redistribution de l’espace public plus favorable au cycliste et au piéton. On ne peut pas développer le vélo en ville tout en garantissant la même place à la voiture. A titre d’exemple, le pont Pasteur sera réaménagé en 2013 en prenant une voie de circulation à la voiture et en l’affectant au vélo afin que l’itinéraire soit sécurisé pour les cyclistes mais aussi pour les piétons.


IBS : Parmi ces obstacles à la pratique du vélo, il y a le stationnement sur espace public. Quelle est la politique de la Ville et de la CUS sur ce point ?

AJ : La crainte du vol est l'une des premières causes de non utilisation du vélo. C’est pour cela que nous développons depuis quelques années une politique de stationnement s'articulant autour de trois points.

Le premier point est l'installation d'arceaux vélos. La CUS en implante actuellement 1200 à 1400  par an sur l’espace public et continuera à le faire.

Le second consiste à favoriser l'intermodalité entre le vélo et les transports en commun. Les 14 gares TER de l'agglomération ainsi qu'une grande partie des terminus des lignes de tramway sont équipés de parkings vélo sécurisés. Nous allons également augmenter l’offre de stationnement à la gare centrale car sur les 2000 places actuellement disponibles, il en faudrait encore un millier pour satisfaire la demande.

Enfin, le dernier point concerne le stationnement sur domaine privé. Nous avons fait sur Strasbourg une modification du plan d'occupation des sols (NDLR : Alain Jund est également adjoint à l'urbanisme de la ville de Strasbourg) qui oblige toute nouvelle construction à avoir 3% de la surface habitable spécifiquement consacrée au stationnement des vélos.


IBS : Vous parliez du déficit de stationnement à la gare centrale, quels sont les projets pour résoudre ce problème?

AJ : Nous avons ces dernières années supprimé deux parkings voiture de surface pour y installer  500 nouveaux arceaux vélo. Nous constatons que cela n'est toujours pas suffisant. Aussi, nous avons deux nouveaux projets qui devraient bientôt aboutir. L’un de 400 places se situera à l’horizon 2013 au nord de la gare à coté du parking Woodli. L’autre à moyen terme au sud de la gare qui consistera en une extension de 500 places du parking vélo Sainte Aurélie.


Les conflits entre piétons et vélos sont une réalité à Strasbourg

IBS : De récents articles ont fait état de conflits entre piétons et cyclistes grandissant et de marquage sur chaussée non conforme. Que fait la collectivité pour résoudre ces problèmes?

AJ : Le marquage vert a été mis en place à Strasbourg à titre expérimental au début des années 90. A l’époque, il avait été validé par la direction nationale de la sécurité routière. Il s’avère qu’aujourd’hui cette manière de faire n’est plus dans les normes. Ce qui avait été autorisé à une époque ne l’est plus aujourd’hui. Nous sommes donc en train de voir dans quels délais nous pourront supprimer ces marquages.

Les conflits entre piétons et vélos sont une réalité à Strasbourg. Notre ville est victime de son succès. Nous avons une part importante de déplacements qui se réalisent à pieds et à vélo. Aujourd’hui, quand je vais à Rennes, Marseille ou Lyon, il n’y a pas de conflits entre les piétons et les vélos car il y a très peu de vélo. Ces conflits génèrent des crispations dans un certain nombre de secteurs ou de rues. Il faut les prendre en compte et en discuter sereinement.

Il y a aujourd’hui un consensus entre les différentes associations d’usagers piétons et cyclistes pour résoudre ces problèmes même si l'on se focalise sur une part infime des cyclistes qui font les zouaves et discréditent l’ensemble des cyclistes. Nous allons donc travailler sur l’identification des secteurs où des problèmes de cohabitations se posent et déterminer comment les résoudre.

Depuis 2008, on constate une augmentation du nombre de cyclistes de 10 à 15%

IBS : Le schéma directeur vélo fixe un objectif de part modale du vélo de 20 % sur la CUS en 2025. Cet objectif ne vous semble-t-il pas irréaliste? Comment comptez-vous l'atteindre ?

AJ : Aujourd'hui, on est à 8% de part modale vélo sur l'agglomération. Passer à 20 % dans 10 ans c’est quand même pas mal! Depuis 2008, nous avons mis en place un certain nombre de compteurs vélos. On constate grâce à ces équipements une augmentation de 10 à 15 % des cyclistes.

Pour atteindre demain cet objectif de 20%, il y a plusieurs éléments que nous souhaitons développer. Le premier est la poursuite d’aménagements cyclables notamment sur la seconde couronne. Le second est le stationnement. Le troisième est le développement de Velhop pour de nouveaux publics. Le dernier est la poursuite du partage de l’espace public en faveur du vélo.

En parallèle, on se rend compte que l’augmentation du prix de l’essence est également un facteur positif pour le développement du vélo. Nous allons également travailler plus spécifiquement dans les quartiers d’habitat sociaux. Les quartiers de Hautepierre ou Cronenbourg par exemple ont une part modale vélo de 3 %. Nous avons tout un travail à faire avec les organismes HLM et les réseaux associatifs dans ces quartiers pour que le vélo trouve également sa place et qu'il ne soit plus perçu comme le mode de déplacement du pauvre.

Enfin, il faut savoir que depuis 2009, l’employeur est tenu légalement de rembourser au salarié une location de vélo au même titre qu'un abonnement de transport en commun. Ce dispositif est également un levier pour l’augmentation de la part modale du vélo.

La minoration des amendes permettra de mieux verbaliser les mauvais cyclistes.

IBS : Depuis le 2 novembre, Strasbourg expérimente une minoration des amendes pour des infractions de 4ème classe au code de la route commises par les cyclistes. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de cette expérimentation et les objectifs attendus?

AJ : La minoration des amendes existe déjà depuis quelques années chez nos voisins allemands. Nous souhaitons que la verbalisation soit proportionnée au danger que génère celui qui commet l'infraction. Quand un cycliste grille un feu ou un stop, il ne met pas autant en danger les autres usagers de l'espace public qu'une voiture qui commet la même infraction. C'est en vertu de ce constat que ce travail a été mené pour minorer la verbalisation des cyclistes de 90 € à 45,60 €.

Cette expérimentation aura une seconde conséquence, c'est qu'aujourd'hui, il y a très peu de verbalisation des cyclistes. C'est assez exceptionnel de se faire verbaliser au guidon de son vélo. C'est peut être le fait qu'il n'y ait pas le minimum de verbalisation qui fait qu'une petite minorité de cyclistes circule n'importe comment. La minoration des amendes permettra de mieux verbaliser les mauvais cyclistes.

IBS : Ne craignez-vous pas que cette expérimentation ne renforce encore plus le sentiment d'impunité que certains piétons ou automobilistes éprouvent envers les cyclistes?

AJ : Non, puisque ces mesures permettront de verbaliser. Aujourd'hui, je trouve assez indécent de dresser un procès verbal à un cycliste qui grille un stop parce qu'à part lui, il ne met personne d'autre en grand danger. Si nous voulons que le vélo soit traité comme un mode de déplacement comme les autres, il faut que les cyclistes respectent le code de la route et fassent attention à ceux qui sont plus fragiles qu'eux et principalement aux piétons.


IBS : Velhop va-t-il continuer à se développer?

AJ : Au bout de deux ans de service, nous avons atteint un premier seuil de développement.  Aujourd'hui nous avons 4400 vélos dont 3600 qui sont loués. Nous souhaitons développer ce service de différentes manières. La première est d'augmenter le stock de vélo. Il nous faudra en 2013 un millier de vélos supplémentaires. La seconde est de cibler certains publics comme les étudiants ou les touristes. Enfin, nous devront impérativement développer en 2013 des partenariats entre Velhop et les entreprises.


IBS : Avec vos activités politiques vous déplacez vous encore à vélo ?

AJ : J'ai toujours mon vélo depuis de longues années et je continue à l'utiliser. Je fais une grande partie de mes déplacements à vélo dans l'agglomération, parfois je le mets dans le tram. C'est une bonne manière de voir sur le terrain ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

2 commentaires:

  1. Cycliste et automobiliste très occasionnel, je n'ai jamais eu de mal à respecter le code de la route en voiture à Strasbourg. En revanche, force est de constater qu'il faudrait un master en esprit mal tourné pour comprendre comment utiliser certains équipements cyclistes des plus récents : bouts de pistes qui s'interrompent ponctuellement au beau milieu de trottoirs alors que chacun sait qu'il est illégal de circuler à vélo sur un trottoir, (ces pistes débouchent parfois même dans un abribus par exemple rue Boecklin), sens de circulation de certaines pistes dont le marquage au sol est effacé, certains carrefours pour lesquels il faudrait poireauter à deux, voire trois feux pour suivre l'itinéraire destiné aux vélos. Jusqu'ici, on s'arrangeait comme on pouvait avec ce foutoir en privilégiant la logique et la sécurité. Mais si maintenant on peut être verbalisés pour ça, je reprends ma caisse! Et si la ville se targue d'être pionnière en matière de développement du vélo, elle ne devrait pas faire marche arrière devant un pseudo-sentiment d'insécurité des piétons peu habitués à ce mode de transport, tiens,comme c'est bizarre, trois semaine avant le grand ramdam annuel du marché de Noël.

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  2. Je suis tout à fait d'accord avec le commentaire d'anonyme, de plus qu'il faut constaté que les pistes cyclables ne sont déjà pas aussi nombreuses que monsieur Alain Jund le prétend et même pas bien aménager, ayant faits des études de géométrie et ayant travaillé dans la voirie je constate que c'est vraiment une catastrophe les pistes cyclables à Strasbourg qui passent n'importe où et souvent pas conformes à la sécurité routière, les amandes appliquées aux cyclistes pourraient être justifiées si comme nos voisins allemands in faisaient déjà les choses correctement, ils
    Ont 20 ans d'avance en question de sécurité routière et aménagement, c'est une honte pour l'Euro métropole d'avoir un élu comme Monsieur Alain Jund qui ne gère absolument pas l'aménagement routier d'où les conflits entre piétons et cyclistes, si les pistes cyclables sont mélanges dans le même espace réserver aux piétons normal qu'il y est conflits; nos voisins allemands eux au moins se servent de leurs cerveaux pour faire passer les pistes cyclables en dehors des trottoirs ce qui évite naturellement les accidents entre piétons et cyclistes de plus on constate de plus en plus de construction innegal et non conforme à Strasbourg mais tant que ça arrange l'élu tout est autorisé comme on dit les copains d'abord, malheureux de voir que les petites entreprises se font écraser par ce Monsieur alors que les grosses boîtes s'en remplissent les poches et gâchent les espaces verts de notre ville et laissent place à des immeubles immondes. Il est temps de démissionner .

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