15 nov. 2012

CADR 67 « Continuer sur la même lancée »

Article des Dernières Nouvelles d'Alsace du 15 novembre 2012

Lorsqu’il fonde l’association CADR 67 en 1975, Jean Chaumien a 34 ans. Après 37 années de militantisme, ce pasteur de profession choisit de laisser les rênes à plus jeune que lui.

Pourquoi avez-vous décidé de créer l’association CADR67 en 1975 ?

À l’époque, j’étais pasteur à la Cité de l’Ill et j’ai dû enterrer une mère de famille. Elle roulait en Solex place de Haguenau et s’était fait renverser par un camion. J’avais trouvé cela révoltant. J’avais essayé d’en discuter avec les autorités, mais on m’avait répondu que c’était comme ça, qu’on ne pouvait rien faire. Quand j’y repense, la situation était complètement ubuesque à l’époque ! L’automobile était reine partout.

À la fin des années 1970, j’ai eu l’occasion de discuter avec Joël le Theule, alors ministre des Transports, et Michel d’Ornano, le ministre de l’Environnement. Ils m’ont dit qu’il y avait une ligne budgétaire prévue pour les aménagements cyclables. Cela m’a mis la puce à l’oreille et j’ai sauté sur l’occasion. Dès mon retour, je suis allé voir Pierre Pflimlin, le maire de Strasbourg.

Dans l’ensemble, comment votre action a-t-elle été accueillie ?

Au début, nous étions assez mal vus. Il y avait déjà du monde qui se déplaçait à vélo, mais c’était beaucoup moins répandu qu’aujourd’hui. Nous n’étions que sept membres, contre 350 familles aujourd’hui. Pourtant, toutes les municipalités ont fini par nous suivre. Nous étions très actifs et elles étaient bien obligées de nous écouter.

Avez-vous le sentiment que vos activités ont porté leurs fruits ?

Oui, c’est évident ! Quand des visiteurs originaires d’autres villes de France ou d’autres pays viennent à Strasbourg, ils sont étonnés par le nombre de vélos en circulation. Parfois, cela leur fait même peur ! Notre action a certainement eu un rôle bénéfique sur la place du vélo à Strasbourg. Il n’y a qu’à comparer Strasbourg avec d’autres villes de France où de telles structures n’existent pas.

Quelles sont vos plus grandes satisfactions ?

À la fin des années 1970, nous avons fait pression pour que les terrains d’emprise de la Ville soient conservés. Cela a permis d’aménager de nombreuses pistes cyclables entre le centre-ville et la périphérie. Nous avons aussi obtenu de nouveaux droits pour les cyclistes, comme l’autorisation de circuler à contresens dans certains sens interdits. Au début, Pierre Pflimlin était assez réticent, mais il a fini par accepter l’expérimentation. Alors que les services de la Ville prédisaient des accidents, tout a très bien fonctionné. Cette mesure est aujourd’hui appliquée au niveau national.

Pourquoi avez-vous décidé de quitter la présidence de CADR67 ?

J’ai occupé ce poste de président pendant 37 ans. J’ai simplement pensé qu’il fallait un peu de sang neuf. En plus, nous avons aujourd’hui deux salariés qui font très bien leur travail. Mais je reste président d’honneur et je continue à assister à la plupart des réunions.

Qu’attendez-vous de Mélanie Le Morzédec, votre successeur ?

Mélanie Morzédec est une bénévole engagée depuis plusieurs années au sein de l’association. Je pense qu’elle remplira très bien son nouveau rôle. Il faut continuer sur la même lancée. À présent, nous voulons essayer de supprimer certains feux rouges pour les vélos.

Autre génération, même combat

À 32 ans, Mélanie le Morzédec est la nouvelle présidente du CADR. Elle succède à Jean Chaumien, président historique et fondateur de l’association. Mélanie Morzédec découvre les joies du vélo alors qu’elle est encore lycéenne. « Un jour, j’ai dû aller à l’école à vélo. Je me suis rendu compte que cela ne me prenait que dix minutes, alors qu’avec les transports en commun j’en avais pour trois quarts d’heure », se souvient la jeune femme.

Le choix d’une vie sans voiture

Depuis, elle a fait sien ce mode de déplacement, jusqu’à abandonner totalement la voiture. « Je me suis décidée à vendre ma voiture au mois de janvier. À la place, je me suis équipée en vélos », annonce-t-elle. Fièrement, la jeune femme déplie son vélo Brompton fushia, flambant neuf. C’est celui qu’elle emporte dans le train lorsqu’elle doit se déplacer à Paris. « Mais j’en ai encore deux autres : l’un pour les déplacements en ville, l’autre pour les distances plus longues », précise-t-elle… Toute une organisation.

Mélanie le Morzédec est impliquée dans plusieurs autres associations strasbourgeoises. « Je crois que j’ai un tempérament qui me pousse à m’impliquer », analyse-t-elle en souriant. Mais une autre raison, plus personnelle, l’a aussi poussée à présenter sa candidature à la présidence du CADR. « Mon père faisait partie des membres fondateurs, même s’il n’y est pas resté bien longtemps », explique-t-elle.

Lorsque Jean Chaumien annonce son intention de quitter la présidence de l’association, Mélanie le Morzédec ne prend pas immédiatement sa décision. « Il nous en avait déjà touché un mot deux ans plus tôt. Mais Jean Chaumien avait l’expérience et la personnalité adaptées à la fonction. Personne n’avait vraiment le cœur à reprendre le flambeau. » La jeune femme se décide finalement à présenter sa candidature. « C’est vrai qu’il y a toujours une petite angoisse, qu’on a peur de ne pas être à la hauteur. Mais on se dit qu’on n’est pas obligé de faire les choses exactement comme son prédécesseur».

Mélanie le Morzédec ne cherchera pas non plus à révolutionner le CADR. Pour elle, « la priorité est d’approfondir ce qui a déjà été commencé ». Diététicienne-nutritionniste de profession, la jeune femme pense mettre ses compétences au service de l’association. « Pendant les campagnes de sensibilisation, on va mettre un peu plus l’accent sur le volet santé », annonce-t-elle. Selon elle, le prochain problème auquel devra s’attaquer le CADR est celui de la cohabitation entre cyclistes et piétons à Strasbourg.

« C’est un problème conjoncturel. Il y a de plus en plus de cyclistes, donc les relations avec les piétons sont plus tendues ». Pour répondre à ce problème, des réunions de concertation entre associations de cyclistes et de piétons sont au programme. « C’est vrai que l’aménagement des pistes est parfois à revoir. Mais la première des solutions reste la courtoisie entre les usagers de l’espace public », rappelle la présidente.

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